Les institutions irakiennes ne sont que la partie émergée de l'imbroglio de Bagdad. Aussi habiles soient-ils, le nouveau président Ghazi al-Yaouar et le premier ministre Iyad Allaoui sont assurés de buter très vite sur la réalité d'un pays toujours occupé par des troupes étrangères, et écartelé entre ses différentes composantes tribales, ethniques et religieuses. Leur statut, à première vue, constitue donc plus un moyen de pression vis-à-vis de la communauté internationale et de l'ONU, qu'un véritable pouvoir en soi. D'autant que les caciques de l'ex-conseil de gouvernement, tel l'ancien protégé controversé du Pentagone Ahmed Chalabi, évincé de l'administration, ne ménageront sans doute pas leurs critiques.

Les Irakiens, pourtant, n'ont guère d'autre choix que de faire confiance à leurs nouveaux dirigeants. Seul le soutien populaire permettra à ces derniers d'obtenir des concessions de Washington, et d'apaiser les tensions intérieures. Il leur faut pour cela sortir de Bagdad et convaincre. Au risque de s'exposer à la foudre des terroristes. Plus que jamais, l'avenir de l'Irak a rendez-vous avec la peur.