Le HCR a enregistré 144 500 réfugiés en provenance du Mali, dont 54 100 en Mauritanie, 50 000 au Niger, 38 800 au Burkina Faso et 1500 en Algérie, a indiqué un porte-parole à Genève. Il a enregistré l’arrivée au Niger de 450 personnes déclarant fuir les opérations militaires les 11 et 12 janvier. Au Burkina Faso, 309 réfugiés sont arrivés ces derniers jours, et en Mauritanie 471, en majorité des femmes et des enfants.

Pour le bureau de coordination des Affaires humanitaires de l’ONU (Ocha), le nombre estimé de déplacés au 14 janvier était de 229 000 personnes, soit 30 000 personnes de plus depuis la reprise des combats. A Konna, 5000 personnes (la moitié de la population) ont fui la ville en traversant le fleuve Niger, selon la Commission sur les mouvements de population au Mali, qui admet avoir des difficultés à avoir des sources absolument fiables.

Par ailleurs, le Programme alimentaire mondial (PAM), qui distribue de la nourriture au Mali via neuf ONG, a souligné qu’il lui manque un financement de 129 millions de dollars (119 millions de francs) pour répondre aux besoins, soit 94% des financements requis pour 2013, a indiqué une porte-parole de l’organisation.

En 2012, le PAM a fourni une aide à 1 200 000 personnes affectées par le conflit malien, dans le pays et les pays voisins. Dans ses prévisions de budget pour 2013, l’ONU a dit en décembre avoir besoin de 370 millions de dollars, soit 73% de plus qu’en 2012, pour aider 4,29 millions de personnes.

François Hollande défend l’intervention française au Mali

En visite aux Emirats arabes unis, le président français a défendu mardi 15 janvier l’intervention au Mali, où la France, «en première ligne, […] joue un rôle éminent et elle est fière de le jouer parce qu’elle agit dans la légalité internationale». De son côté, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé une augmentation «progressive» du nombre de soldats présents sur place, de 750 à 2500.

François Hollande a annoncé à Abu Dhabi que de nouvelles frappes dans la nuit ont «atteint leur objectif». La France va «continuer à avoir des forces au sol et dans les airs», a ajouté le président français, selon qui le déploiement des forces de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) «va prendre une bonne semaine».

«Des avions [français] ont mené cette nuit des frappes sur la zone de Diabali: au moins cinq islamistes ont été tués et plusieurs blessés», a indiqué une source sécuritaire. Un habitant d’une localité voisine a déclaré avoir vu des islamistes armés en fuite après ces frappes.

Des armes légères

Les combattants islamistes du nord du Mali disposent surtout d’armes légères d’infanterie, provenant des arsenaux libyens ou achetées à des trafiquants d’armes grâce aux revenus tirés de trafics et de rançons d’otages, selon Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Ce spécialiste refuse de parler d’«armes lourdes», celles-ci, selon la classification des armements, débutant à partir du calibre de 20 mm.

Pour Eric Denécé, les djihadistes disposent de fusils d’assaut Kalachnikov, de fusils de précision, de mitrailleuses légères de 7,62 mm et de mitrailleuses lourdes de 12,7 et de 14,45 mm. Ces dernières peuvent être montées sur la plateforme des pick-up tout comme les bi-tubes antiaériens de 14,5 mm ou de 23 mm (ZSU de conception soviétique) qui portent jusqu’à 2500 mètres.

Ces armes, conçues pour tirer sur des avions ou des hélicoptères volant à basse altitude, sont en fait utilisées par les combattants du désert en tir tendu contre d’autres véhicules terrestres, explique le directeur du CF2R.

Les combattants détiennent probablement aussi quelques obusiers de 105 mm et quelques missiles sol-air SAM7. Eric Denécé assure que ces missiles ne représentent pas une «menace significative» en raison des conditions drastiques de conservation (hygrométrie) et de maintenance (passage sur des bancs de vérification tous les quatre à six mois, batteries neuves…) indispensables pour leur fonctionnement.

Un ex-responsable d’un service de renseignements français s’exprimant sous le couvert de l’anonymat ajoute que ces guerriers du désert ont sans doute quelques Milan (missile antichar filoguidé, de fabrication française vendu par la France à Kadhafi).

Selon Eric Denécé, les islamistes se sont procuré leurs armes lors d’opérations militaires contre les armées algérienne ou mauritanienne et dans les arsenaux de l’ex-armée libyenne du colonel Kadhafi. Il ajoute qu’ils disposent également d’armes livrées en 2011 par la France aux rebelles libyens du Djebel Néfoussa à la frontière tunisienne.

«Ils achètent aussi tout simplement des armes et des munitions sur le marché international clandestin où ils peuvent trouver tout ce qu’ils veulent en armes légères et en munitions», explique par ailleurs l’ancien responsable du renseignement.

«Ils n’ont pas de problèmes d’argent car ils disposent de sommes importantes, provenant de la dîme prélevée au passage des convois de trafiquants de drogue, de cigarettes et d’essence, qui traversent le Sahel, sans compter l’argent provenant des rançons de prises d’otages», conclut-il.