La confrontation entre la Russie et l’OTAN n’était pas inéluctable

Analyse

A l’heure où s’ouvre le sommet de l’OTAN au pays de Galles, les tensions entre d’un côté l’Alliance atlantique et l’Occident et de l’autre la Russie n’ont jamais été aussi fortes depuis la fin de la Guerre froide. En déplacement en Estonie mercredi, le président Barack Obama, pourtant critiqué aux Etats-Unis pour ne pas être suffisamment dur envers Moscou, a tenu des propos d’une rare fermeté. Il a accusé le Kremlin d’avoir violé l’ordre international établi au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et «l’un des principes fondamentaux du système international prévoyant que les frontières ne peuvent être redessinées sous la menace d’un fusil». L’histoire récente montre pourtant que la détérioration des relations entre Moscou et l’Occident n’était pas inscrite dans un antagonisme historique inamovible, qu’elle n’était pas inéluctable.

Sommet «historique»

Il y a à peine quatre ans, en 2010, des images du président russe de l’époque Dmitri Medvedev à côté d’un Barack Obama hilare illustraient le climat de détente entre les deux anciens camps de la Guerre froide. Pour la première fois, les 17 et 18 novembre 2010, la Russie était invitée à un sommet de l’Alliance atlantique à Lisbonne. Spécialiste des relations russo-américaines, le directeur du Centre de la Fondation Carnegie à Moscou, Dmitri Trenin, écrivait au moment de ce sommet «historique» que la Russie n’allait sans doute pas faire partie du système de l’OTAN en raison de sa volonté de rester indépendante. Mais «les Etats-Unis, l’OTAN et la Russie […] peuvent commencer à donner vie au Centre commun d’échange de données pour surveiller les lancements de missiles, une mission qui pourrait être élargie à l’échelle planétaire».

Dmitri Trenin préconisait aussi de coordonner les systèmes de défense antimissile afin d’atteindre une «collaboration stratégique moderne» en lieu et place d’une «compétition stratégique résiduelle». Il appelait aussi à démarrer une «coopération militaire technique entre l’OTAN et la Russie» et à créer un collège Russie-OTAN pour former des officiers militaires et des civiles capables «d’accomplir des tâches de coopération en matière de sécurité».

A Lisbonne, la déclaration finale du sommet et le nouveau concept stratégique de l’OTAN présentent la Russie comme un partenaire respectable. Les mots sont importants. La Russie post-soviétique a toujours été en quête de respectabilité auprès des Européens et des Américains. Au sein du Conseil OTAN-Russie, un instant suspendu durant la guerre de Géorgie en 2008, Moscou était traité sur un pied d’égalité.

La chercheuse de l’International Institute for Strategic Studies de Londres Oksana Antonenko jugeait nécessaire, dans un rapport publié en 2010, de multiplier les collaborations «concrètes et pratiques» entre la Russie et l’OTAN pour rétablir la confiance. Une ère nouvelle s’ouvrait, prédisait-elle. Les Russes eux-mêmes commençaient à changer de vision. De 24% par le passé, ils étaient soudain 40% à voir l’Alliance atlantique sous un œil favorable selon un sondage du Pew Research Center.

Rôle de Genève

Les problèmes entre Moscou et l’Occident n’avaient bien sûr pas été éradiqués. Tant s’en faut. Ainsi, le bouclier antimissile américain, même revu à la baisse sous l’administration de Barack Obama, demeurait une sérieuse pomme de discorde comme la renégociation du Traité sur les forces conventionnelles en Europe. La proposition, certes vague, du président Dmitri Medvedev pour un traité de sécurité européenne n’avait pas non plus obtenu une réponse adéquate des Occidentaux.

Genève a vécu de près le rapprochement OTAN-Russie-Etats-Unis. En 2009 et 2010, des discussions secrètes dites de Chambésy avaient permis un dialogue nouveau. Dix experts de ministères russes, américains et européens, des spécialistes de l’Union européenne, de l’OTAN, de l’OSCE, de la Communauté des Etats indépendants et de l’Organisation du traité de sécurité collective y participaient pour se pencher sur le devenir d’un système de sécurité européenne. Le contexte international y était favorable avec la remise des compteurs à zéro entre Moscou et Washington (reset), la renégociation fructueuse à Genève du nouveau Traité Start sur la réduction des armes stratégiques. Même la chancelière allemande Angela Merkel, aujourd’hui très critique de l’aventurisme de Vladimir Poutine, s’opposait, au sommet de l’OTAN de Bucarest en 2010, à l’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine à l’Alliance atlantique. Les relations russo-polonaises n’avaient rarement été aussi bonnes. Varsovie condamne aujour­d’hui avec véhémence les actions déstabilisatrices de Moscou.