Les appels à la démission pleuvent, mais rien ne semble l’arrêter. La républicaine Marjorie Taylor Greene, qui siège à la Chambre des représentants depuis janvier, est devenue incontrôlable. Adepte des théories complotistes de la mouvance d’extrême droite QAnon, qui croit notamment en l’existence d’une secte composée d’élites pédophiles et satanistes, elle n’hésite pas à propager les thèses les plus délirantes.

Une «balle dans la tête»

Ses derniers faits d’armes? Des propos violents contre des démocrates, mis en avant par la chaîne CNN, qui ont déclenché une vive polémique. Elle a notamment, en janvier 2019, avant même de viser le Congrès, liké sur Facebook un commentaire selon lequel démettre la speaker démocrate Nancy Pelosi de ses fonctions serait plus facile avec une «balle dans la tête». Elle a depuis, à plusieurs reprises, ouvertement suggéré que la présidente de la Chambre des représentants méritait de mourir. Et a réclamé son impeachment pour «trahison», un «crime passible de mort». La républicaine de 46 ans a également soutenu des appels à exécuter des agents du FBI qui feraient partie d’un deep state contre Donald Trump. Marjorie Taylor Greene est persuadée que Joe Biden a «volé» sa victoire. Le lendemain de sa prestation de serment, elle a d’ailleurs revendiqué sa mise en accusation pour «abus de pouvoir».

D’anciennes vidéos ressortent également, dont l’une, qui date de 2019, où elle s’en prend à David Hogg, un rescapé de la tuerie du lycée de Parkland (Floride) et désormais activiste anti-armes. Elle n’a pas hésité à prétendre que les fusillades de masse étaient des mises en scène pour nuire aux adeptes du deuxième amendement sur le port d’armes, et que les survivants étaient des acteurs. Par le passé, l’élue, jamais à court de polémiques, a aussi accusé le renseignement américain d’être derrière les attentats du 11 septembre 2001 et partagé des opinions islamophobes et antisémites. Facebook a dû censurer une photo postée pendant sa campagne «Sauvez l’Amérique! Stoppez le socialisme!». Elle s’y présentait avec son AR-15. Son but: avertir les «terroristes Antifa» qu’ils avaient intérêt à rester en dehors de son Etat, la Géorgie.

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Prise dans un tourbillon de controverses, l’élue accuse les médias, et CNN en particulier, de mensonges. Elle se défend en avançant que des équipes ont géré ses réseaux sociaux et fait croire que certains posts partagés ou likés ne représentaient pas ses opinions. En parallèle, elle s’est mise à faire le ménage sur ses profils pour effacer les messages compromettants. Marjorie Taylor Greene affirme aussi avoir pris ses distances avec QAnon. Mais la pression augmente. Les démocrates lancent un ultimatum aux républicains: elle doit être exclue rapidement des commissions parlementaires dans lesquelles elle siège – Education et Budget –, sans quoi la question sera débattue en réunion plénière, dès mercredi.

Un «cancer» pour le Parti républicain

Le Californien Jimmy Gomez exige son expulsion de la Chambre, et a déjà obtenu le soutien d’une cinquantaine de collègues. Nancy Pelosi parle désormais d’elle comme d’une «ennemie» au sein de la Chambre des représentants. Quant à l’élue afro-américaine Cori Bush, elle a annoncé le 29 janvier, sur Twitter, qu’elle déménageait son bureau loin du sien, pour sa sécurité et celle de son équipe. Elle l’accuse de défendre les idées du suprémacisme blanc, d’avoir soutenu les assaillants du Capitole le 6 janvier et d’avoir refusé de porter le masque pendant que les élus avaient été placés en sécurité. Marjorie Taylor Greene n’a en effet cessé d’accuser le «terrorisme Antifa/Black Lives Matter» et ses «complices démocrates comme Cori Bush, Ilhan Omar, Kamala Harris ou AOC» d’être responsables de l’attaque. «Ceux qui alimentent l’insurrection et répandent des conspirations ont du sang sur les mains. Ils doivent être expulsés», a-t-elle tweeté.

Peut-elle être exclue du Congrès? Il faudrait pour cela que deux tiers de la Chambre des représentants votent en faveur de cette option. Or, pour l’instant, les républicains, qui disposent de 212 sièges sur 435, ne se pressent pas au portillon pour condamner ses propos. Le leader Kevin McCarthy chercherait à la faire rentrer dans les rangs. Selon CNN, il devrait prochainement s’entretenir avec elle. Les leaders républicains sont face à un dilemme: comment ne pas s’aliéner les trumpistes les plus irréductibles tout en ne se mettant pas non plus dans une situation délicate pour les élections de mi-mandat de 2022?

Lundi soir, Mitch McConnell, le chef des républicains au Sénat, a toutefois créé la surprise, avec une condamnation ferme, même s’il n’a jamais directement cité son nom. «Les mensonges absurdes et les théories de conspiration sont un cancer pour le Parti républicain et notre pays. Quelqu’un qui a suggéré qu’aucun avion n’avait percuté le Pentagone le 11 septembre 2001, que d’horribles fusillades dans les écoles ont été mises en scène et que les Clinton ont provoqué le crash de l’avion de JFK Jr. ne vit pas dans la réalité. Cela n’a rien à voir avec les défis auxquels sont confrontées les familles américaines ou les débats de fond vigoureux qui peuvent renforcer notre parti», a-t-il déclaré à The Hill.

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La seule à ne pas éprouver de malaise est Marjorie Taylor Greene. En réponse aux déclarations de Mitch McConnell, elle a rapidement tweeté que le «seul vrai cancer du parti» était «les républicains faibles qui ne savent que perdre avec grâce». «C’est la raison pour laquelle nous sommes en train de perdre notre pays.» En inconditionnelle de Trump, elle s’était pointée à son premier jour au Capitole, le 3 janvier, avec un masque «Trump a gagné». Elle se vante aujourd’hui d’avoir bientôt une rencontre avec lui dans son club privé de Mar-a-Lago en Floride, et insinue qu’il la soutiendrait à 100%. Personne parmi les proches de l’ancien président ne l’a toutefois confirmé.