Malgré la convergence de vues réitérée existante le FN et l’UDC, la formation helvétique ne faisait en revanche pas partie des «partis alliés» européens conviés par le Front National dans la capitale des Gaules.

L’exemple suisse inspire la direction du Front National. Lors de la première journée du congrès du parti d’extrême droite français à Lyon ce samedi, sa présidente Marine Le Pen a confirmé au «Temps» que les votations helvétiques sur l’immigration «sont absolument en phase avec (ses) priorités» pour la préparation de la campagne présidentielle à venir en France en 2017. «La question des frontières, que les votations suisses soulèvent en permanence, sera au centre de mon propos. Le Front National est opposé à l’espace Schengen et à la libre circulation. Nous n’allons pas cesser de le répéter» a assuré au «Temps» la députée européenne, lors d’une longue rencontre avec la presse au Parc des expositions de Lyon, sous la banderole «Front National, premier parti de France».

Quelques minutes plus tôt, son père, Jean-Marie Le Pen, venu lui aussi rencontrer les journalistes – à un autre bout de la salle – avait tapé sur le même clou. Avouant n’être «pas très au clair sur les initiateurs de la votation Ecopop», celui-ci estime que «le monde est en train de vivre un tsunami d’immigration, au-delà et à l’intérieur de l’Union européenne. La France doit plus que jamais y résister et les votations suisses nous servent d’indicateurs d’alerte» a expliqué «au Temps» le patriarche du parti populiste, en tête lors du scrutin européen de mai avec 27% des suffrages et de moins en moins ostracisé par les électeurs malgré sa rhétorique nationaliste, et son passé sulfureux.

Auparavant, Jean-Marie Le Pen avait ravi les militants du FN lors de son intervention plénière, sur fond de l’air de l’opéra Nabucco, en répétant sa devise, empruntée à un régiment parachutiste: «Etre et durer, voilà ce que nous allons prouver jour après jour aux Français!». Le fondateur du FN, entré en scène après un clip vidéo le montrant sous toutes les coutures, y compris en train de faire sa gymnastique matinale, a fait huer ses adversaires traditionnels comme la Ligue des droits de l’homme et proposé de créer une «garde nationale» de 50 000 hommes, sur le modèle américain. Proposition que sa fille, soucieuse de demeurer plus consensuelle, c’est pour l’heure bien gardé de reprendre: «J’ai ma liberté d’initiative» a répété, rigolard, Jean-Marie Le Pen, toujours provocateur et prompt à se présenter une victime expiatoire des «politiciens du système», des immigrés et la mondialisation. «Il faut en France, a-t-il poursuivi, une force d’intervention en cas de crise, migratoire par exemple. Cette garde nationale reprend l’idée d’un service militaire volontaire de six mois, qui serait ouvert aux jeunes qui le désirent. Elle devra être armée. Elle permettra de maîtriser la situation si nous faisons face, comme en 2005, à une insurrection des banlieues». Une sorte de service milicien à l’image de ce qui se passe en Suisse? «Il y a de cela. Il faut une mobilisation citoyenne au service de l’ordre, à la façon helvétique».

Concentrée sur les prochaines échéances électorales, notamment le scrutin départemental de mars 2015, la direction du Front National, qui doit être étoffée ce week-end, s’est en revanche bien gardé de s’engouffrer dans le sillage de Jean-Marie Le Pen, de plus en plus installé dans un rôle de commandeur historique, chargé de rappeler aux nouveaux militants les grands événements qui firent la vie du parti depuis sa création en 1972.

A l’image de Marine Le Pen, tous les dirigeants actuels du Front évitent les polémiques et préfèrent cibler leur tir sur Nicolas Sarkozy, bien placé pour emporter haut la main la présidence de l’UMP samedi soir, à l’issue du vote électronique de 268 000 adhérents. «Son discours n’imprime plus. Il est devenu un bruit de fond. C’est la leçon majeure de son retour» a ironisé Marine Le Pen. Laquelle a asséné devant les journalistes deux convictions. La première? «S’il est candidat à la présidentielle de 2017, Alain Juppé a les moyens de ratisser plus large que Sarkozy. Il a des marqueurs beaucoup plus compatibles avec la gauche» La seconde? «François Hollande veut toujours être candidat. Sa force d’inertie, dans les circonstances actuelles, peut être décisive. Il ne faut surtout pas le sous-estimer»