Des chants nazis, des saluts hitlé­riens, dans un stade survolté. Ce n’est pas l’Allemagne à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, mais Budapest la semaine dernière. La multiplication d’incidents à caractère antisémite et les provocations du parti d’extrême droite Jobbik ont convaincu le Congrès juif mondial (CJM) de tenir pour la ­première fois son assemblée plénière dans la capitale de la Hongrie. Le CJM quitte Jérusalem, lieu habituel de sa réunion tous les quatre ans, pour montrer sa solidarité avec la communauté juive face aux démons qui agitent la société hongroise.

Le premier ministre, Viktor Orban, du parti conservateur Fidesz, prononcera dimanche le discours d’ouverture devant 500 délégués et invités du monde entier. La communauté juive de ce pays, la plus grande d’Europe centrale avec près de 120 000 membres, dont la plupart vivent dans la capitale, a invité le CJM, explique son porte-parole, Michael Thaidigsmann: «Nous ­voulons donner un signal fort au premier ministre pour qu’il prenne des mesures concrètes contre l’anti­sémitisme. C’est une manière de lui dire qu’à partir de maintenant, nous le tiendrons à l’œil.»

La troisième formation politique du pays, le Jobbik, ouvertement xénophobe, raciste et anti­sémite, est entrée au parlement en 2010, avec 17% des suffrages. Depuis, ce parti a multiplié les provocations, sans que le gouvernement ne réagisse fermement. Récemment, un de ses députés a même demandé que soit dressée une liste des parlementaires juifs. «Les incidents à caractère antisémite ne ­cessent de se multiplier», explique Vera Vadas, directrice d’un festival culturel juif à Budapest. Dernier en date: après un match de football, le 28 avril, Ferenc Orosz, président de l’Association Raoul Wallenberg, qui lutte contre les discriminations, s’est fait molester et casser le nez pour avoir demandé que cessent saluts nazis et hymnes à la gloire de Benito Mussolini. En portant leurs coups, les voyous ont continué à hurler «Sieg Heil!»

Des jours sombres

L’Holocauste a coûté la vie à 600 000 juifs hongrois. «Personne n’aurait imaginé que l’antisé­mitisme puisse réapparaître avec autant de vigueur. Les jeunes restent confiants malgré tout, mais les personnes âgées, elles, ont peur», décrit Vera Vadas.

Le gouvernement a désormais changé de ton en ce qui concerne les juifs, explique Janos Gado, rédacteur en chef de Szombat (shabbat en hongrois), un mensuel à destination de la communauté juive: «Depuis dix-huit mois environ, le Fidesz tente de se profiler comme un parti modéré. Les propos ouvertement antisémites ont été bannis et il critique même l’outrance du parti Jobbik. La frontière est devenue plus claire entre ce qui est admis dans la presse ­gouvernementale et ce que s’autorisent les médias proches du Jobbik. J’espère que c’est le début d’un processus qui aboutira à la transformation de la droite hongroise.»

Le Jobbik a menacé de défiler durant le week-end. Mais de son côté, le gouvernement a interdit les manifestations qui pourraient troubler la réunion du CJM, qui se terminera mardi. Janos Gado a des sentiments mêlés: il se réjouit mais redoute que l’événement «conforte les antisémites dans leurs sentiments de haine». Vera Vadas suivra la réunion: «Tout a changé depuis les années 1930. Jamais plus nous ne serons seuls. Israël et les juifs du monde entier sont derrière nous.»