Ils devaient être 2120. Mais deux d'entre eux sont morts entre-temps et quatre autres ont violé la discipline du Parti (un euphémisme pour parler de corruption). Ce sont donc finalement 2114 délégués qui ont afflué vers Pékin pour participer au XVIe Congrès du Parti communiste chinois qui débute aujourd'hui. Venus des quatre coins du pays, ils représentent la fine fleur des 66millions de membres du PCC – la dictature au pouvoir depuis 1949 – et ont été sélectionnés selon les principes du «centralisme démocratique», c'est-à-dire sur recommandation des échelons supérieurs.

Le congrès du PCC se réunit tous les cinq ans pour définir les lignes directrices et renouveler les plus hauts postes du pouvoir. Dans une capitale chinoise drapée de rouge et de slogans politiques en lettres d'or – mendiants, immigrés clandestins et prostituées ont été virés de la ville –, les délégués vont se réunir durant sept jours pour approuver des textes et des décisions qui font l'objet de marchandages depuis des mois. Le huitième jour, le lendemain du congrès, les noms des nouveaux leaders seront enfin révélés à une population complètement tenue à l'écart de l'ensemble de ce processus. Cette réunion n'en est pas moins jugée cruciale par nombre d'observateurs. Explications.

La quatrième génération, c'est qui?

Ce congrès sera l'occasion du plus important renouvellement du pouvoir, qui plus est sans violence, depuis l'instauration du régime communiste en Chine. Au moins six des sept membres actuels du Comité permanent du Bureau politique partent à la retraite ainsi que la majorité des 200 délégués au Comité central. A leur place s'installeront des «jeunes» cadres, âgés de 55 à 65 ans. Après Mao Zedong, Deng Xiaoping et Jiang Zemin, on parle à leur propos de la «quatrième génération de dirigeants», emmenée par Hu Jintao.

La plupart sont des inconnus. La principale caractéristique de Hu Jintao a ainsi été jusqu'ici de rester habilement dans l'ombre pour mieux parvenir à ses fins. Marqués par l'expérience de la Révolution culturelle (1966-1976), ces hommes (les femmes sont quasi inexistantes dans la politique chinoise) partagent une forte désillusion idéologique envers le marxisme et un solide pragmatisme dans l'action.

Formatés par le système depuis leur plus jeune âge, ce sont avant tout de super-technocrates formés dans les meilleures universités scientifiques du pays. Très peu ont voyagé ou étudié à l'étranger. Ces gestionnaires du pouvoir se sont fait les dents aux confins de l'empire, souvent dans les provinces les plus arriérées. Ils passent pourtant pour des esprits plus ouverts que leurs mentors.

Les capitalistes entrent dans le Parti, pourquoi?

Pour intégrer les nouvelles forces sociales issues de vingt ans de réformes économiques et éviter ainsi tout défi à son pouvoir, le Parti communiste a engagé un aggiornamento sous la houlette de Jiang Zemin. Le congrès devrait accorder le droit aux entrepreneurs privés – officiellement on ne parle jamais de capitalistes – de joindre les rangs du Parti. Par ailleurs la théorie dite de la «Triple représentativité», qui soutient cette ouverture, devrait être inscrite en tête de la Constitution aux côtés du marxisme-léninisme, de la pensée Mao Zedong et de la théorie Deng Xiaoping.

Concrètement, cela signifie que le parti révolutionnaire qui défendait les intérêts du prolétariat et de la paysannerie se transforme en un «parti au pouvoir» dont la principale caractéristique est désormais de représenter les intérêts des élites du pays. En ce sens, le Parti communiste ressemble de plus en plus à son ancien ennemi nationaliste du Kuomintang (le nationalisme est le dernier ciment idéologique du régime).

Quid de Jiang Zemin?

Après quelques hésitations et surtout marchandages, Jiang Zemin devrait se retirer de son poste de secrétaire général du Parti selon un scénario défini en son temps par… Deng Xiaoping. Mais comme le Petit Timonier, Jiang Zemin continuera à tirer les ficelles en coulisses pour quelques années encore. Pour s'en assurer, il devrait parvenir à placer plusieurs de ses proches dans le Comité permanent du Bureau politique. L'inscription de sa théorie de la «Triple représentativité» dans la Constitution (accolée ou non à son patronyme) fera de lui un intouchable. Enfin, il quittera également la présidence de la République populaire en mars prochain, mais pas celle de la toute-puissante Commission des affaires militaires.

L'ère des réformes politiques est-elle venue?

On parle beaucoup aujourd'hui de démocratisation à l'intérieur du Parti, d'Etat de droit, d'élections villageoises. Mais il n'est pas question de multipartisme et encore moins de démocratie occidentale.