Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Le «Dialogue syrien» démarre avec trois heures et demie de retard sur l’horaire prévu, à cause de négociations de dernière minute avec la délégation de «l’opposition dure» venue d’Ankara.
© YURI KOCHETKOV

Pourparlers

Congrès syrien pour la forme

Moscou organise à Sotchi un congrès intersyrien pour démontrer son influence sur le processus de règlement politique. Une initiative boudée par l’opposition armée syrienne et soutenue du bout des doigts par Ankara, Téhéran et Damas

La tentative de la Russie pour établir un dialogue intersyrien sur son sol a démarré mardi par une série de cafouillages. La délégation de l’opposition venue d’Ankara n’est pas sortie de l’aéroport de Sotchi, ville accueillant le congrès syrien. Mécontents de découvrir le symbole du régime (une colombe blanche sur fond de drapeau syrien) sur tous les emblèmes du congrès, les opposants ont exigé de Moscou qu’il soit retiré. Devant le refus de la Russie, ils sont remontés dans leur avion pour Ankara. Exit l’opposition «dure» au régime Assad.

Le 26 janvier, 24 des 34 membres du Haut Comité des négociations (formé à Riyad) avaient déjà voté contre une participation à Sotchi. Reste l’opposition «modérée», c’est-à-dire non opposée à ce que Bachar el-Assad reste au pouvoir jusqu’à la fin de son mandat en 2021. Les représentants des principaux partis kurdes avaient été exclus au préalable sous la pression d’Ankara, allié de Moscou avec l’Iran sur cette initiative de dialogue. Au final, un bon tiers de la Syrie actuelle n’était pas représenté.

La Syrie n’envoie aucun membre du gouvernement

Les «alliés» de Moscou lui ont également mis des bâtons dans les roues. La Turquie a menacé de boycotter le congrès si les nationalistes kurdes étaient présents. Les délégations turque et iranienne n’étaient représentées que par des vice-ministres des Affaires étrangères, encadrant le ministre russe Sergueï Lavrov. Un opposant modéré syrien qui préfère rester anonyme a indiqué au Temps que le régime a empêché plusieurs de ses confrères invités par Moscou de se rendre en Russie. Aucun membre du gouvernement syrien n’était à Sotchi. Damas n’a dépêché que des membres du parti Baas au pouvoir.

Retard et hurlements dans la salle

Moscou a comblé le trou en invitant des représentants de la diaspora syrienne – qui n’ont guère d’influence sur le processus de paix – aux frais des contribuables russes. Mille six cents participants occuperont finalement l’énorme Centre de presse construit pour les JO de Sotchi en 2014. Le «Dialogue syrien» démarre avec trois heures et demie de retard sur l’horaire prévu, à cause de négociations de dernière minute avec la délégation de «l’opposition dure» venue d’Ankara. Une courte allocution de Sergueï Lavrov est rapidement interrompue par des hurlements venant de l’audience.

Lire aussi: Dans le nord de la Syrie, partage entre «amis»

«Vive la Russie, vive la Syrie», s’écrient quelques voix en russe. Furieux, un autre participant se met alors à crier en arabe pour dénoncer les «bombardements russes sur les civils». Sergueï Lavrov peine à ramener le calme dans la salle. Quelques minutes plus tard, la retransmission vidéo vers la salle où sont isolés les médias s’interrompt. Les 80 journalistes transportés de Moscou à Sotchi dans un Boeing 747 surdimensionné spécialement affrété par le Ministère des affaires étrangères n’en verront pas davantage.

«Congrès à usage domestique»

«Ces incidents offrent la preuve que tout n’est pas manipulé», temporise Vassili Kouznetsov, directeur du Centre pour les études arabes et islamiques à l’Académie des sciences russes. Pour lui, les objectifs du congrès sont beaucoup plus modestes que ceux affichés par les autorités russes. «Ce n’est pas une alternative à Genève, mais un forum supplémentaire pour dialoguer. Il ne s’agit pas de négociations entre les partis, mais d’un dialogue interne de la société civile syrienne», confie l’expert au Temps.

Quant à l’annonce du congrès sur la formation d’une commission de révision de la Constitution syrienne, il affiche la plus grande prudence: «Bachar el-Assad et son camp estiment que la Constitution de 2012 est parfaite. Ils n’acceptent que de bouger un point ou une virgule.» Le quotidien russe Vedomosti juge plus sévèrement un «congrès à usage domestique […] organisé pendant la campagne présidentielle pour montrer aux électeurs les nouveaux succès de Poutine dans l’arène internationale».

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a