coup d’état

«Les conjurés du Honduras se sont trompés d’époque»

L’isolement international du Honduras se renforce mercredi, trois jours après le coup d’Etat qui a destitué le président Manuel Zelaya, dont l’éventuel retour agite ses partisans comme ses adversaires.

Trois jours après le coup d’état ayant destitué le président Manuel Zelaya, le Honduras est de plus en plus isolé. Mercredi, l’Organisation des Etats américains (OEA) a donné 72 heures aux putschistes pour rétablir le pouvoir. Washington a rompu ses relations militaires avec Tegucigalpa et l’Union européenne a demandé à ses ambassadeurs d’éviter tout contact avec le nouveau gouvernement. Manuel Zelaya, lui, a annoncé depuis les Etats-Unis qu’il rentrerait au pays dès la fin de l’ultimatum posé par l’OEA. L’analyse d’Alain Musset, membre du Conseil scientifique de l’Institut des Amériques et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Le Temps: Alors même que certains ont voulu voir la patte américaine dans l’expulsion du président Zelaya, de plu s en plus bolivarien, Washington semble le défendre. Qu’en est-il? Alain Musset: Dans les années 1970 et 1980, les Etats-Unis ont énormément investi pour garder une mainmise en Amérique centrale. C’était l’époque des guerres civiles et le Honduras servait de base aux agissements américains. Barack Obama n’a aucune envie de retourner dans un cycle d’instabilité et de non-constitutionnalité du pouvoir. C’est l’erreur des «conjurés», ils comptaient sur un appui américain mais ils se sont trompés d’époque. Bush n’est plus là et le Honduras ne représente plus un intérêt stratégique pour le Pentagone. C’est un petit pays, pauvre et sans pétrole.

– Les mêmes raisons gouvernent-elles la communauté internationale, qui soutient unanimement le président déchu? - Oui. Personne n’a envie de voir l’Amérique latine rebasculer dans un cycle de dictatures et de guerres civiles, le Moyen-Orient est un foyer de perturbations politiques suffisamment prenant. Il y a déjà des tensions importantes dans la région, notamment dues à l’élargissement de la fracture socio-économique; ce n’est pas le moment d’ouvrir la boîte de Pandore des mouvements non-démocratiques. Ce qui est intéressant, c’est que ce soutien confère un peu de légitimité à Zelaya, qui ne bénéficie pas d’un réel appui populaire au Honduras. Il n’est pas charismatique et il est ambigu, car il appartient à un parti de droite mais défend des positions relativement à gauche.

– La communauté internationale appelle au retour de Zelaya, mais comment l’imposer? - Ce sont des mots. Le Congrès ne peut tout simplement pas dire: «Excusez-nous, nous nous sommes trompés. Zelaya va reprendre son poste». Quant aux pressions diplomatiques ou commerciales, elles n’auront guère d’effet. Cuba a été exclue de nombreuses organisations sans que cela fasse tomber Castro. Les 72 heures de l’OEA offrent un répit. Ensuite, le retour de Zelaya sur le sol hondurien accélérera les choses. S’il revient accompagné de plusieurs chefs d’Etat et du secrétaire de l’OEA, comme cela a été proposé, les militaires oseront-ils l’arrêter? S’ils ne le font pas, la dispute juridique reprendra concernant l’enquête populaire que voulait organiser le président en vue d’un référendum destiné à lui permettre un second mandat. Mais toutes les arguties des conjurés tombent par le fait qu’ils n’ont pas interpellé Manuel Zelaya dimanche. Ils l’ont expulsé après avoir délivré leur mandat d’arrêt, cela ne tient pas la route.

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