Souvent décriée pour maintenir la peine de mort sur son sol, notamment par l’Union européenne qui a fait de son abolition une condition d’adhésion, l’Amérique fait un nouveau pas en direction des démocraties qui ne tolèrent plus cette pratique. Jeudi, après un marathon de dix heures de débat, le Sénat du Connecticut a approuvé par 20 voix contre 16 une loi abolissant la peine capitale

La loi doit encore être approuvée par la Chambre des représentants du Connecticut et par le gouverneur de cet Etat de la Nouvelle-Angleterre. Mais cela devrait être une formalité. La Chambre basse est contrôlée par les démocrates qui sont à l’origine du projet de loi. Et le gouverneur démocrate, Dannel Malloy, a déjà promis qu’il signerait la nouvelle législation. Les sénateurs républicains ont en revanche tous refusé le projet de loi.

Le vote des parlementaires du Connecticut tranche avec le sentiment des citoyens de cet Etat qui continuent d’approuver la peine de mort à hauteur de 62% (66% chez les hommes, 58% chez les femmes), selon un sondage de Quinnipiac. Certains ne se sont toujours pas remis d’un crime «odieux» qui fut perpétré dans la banlieue de New Haven en juillet 2007. A Cheshire, une famille entière, à l’exception du père, battu mais survivant, a été décimée dans la villa familiale. L’épouse (48 ans) d’un endoctrinologue, William Petit (50 ans), et leurs deux filles âgées de 11 et 17 ans ont été tuées par deux criminels récidivistes. La femme du médecin et l’une des filles ont également été violées. Les deux cambrioleurs, Steven Hayes et Joshua Komisarjevsky, boutèrent le feu à la maison avant de quitter les lieux.

Ils ont été condamnés à mort. L’un des deux devait être exécuté cet été. Dévasté, tentant de reconstruire sa vie, William Petit a tenu récemment une conférence de presse. Il y a répété que la seule justice pour un crime aussi haineux, est la peine capitale. Pour les abolitionnistes, les principaux arguments relèvent d’une question de conscience, mais aussi des multiples erreurs judiciaires qui ont entaché certaines condamnations à mort.

Les démocrates ont cependant dû faire un compromis: accepter que la nouvelle législation s’applique uniquement aux nouveaux cas, les onze détenus étant actuellement dans les couloirs de la mort ne devant pas pouvoir en bénéficier. Ils ont aussi intégré dans la loi le fait que la peine de mort sera remplacée par un internement à vie dans des conditions strictes - cellule de confinement, changement fréquent de cellule et surveillance serrée. Les condamnés à perpétuité n’auront pas la possibilité de bénéficier d’une remise de peine.

Le Connecticut est le dernier exemple prouvant que la cause de l’abolition de la peine de mort avance aux Etats-Unis. Si la Chambre basse et le gouverneur approuvent la loi, il sera le 17e Etat américain à avoir supprimé la peine capitale. Au cours des cinq dernières années, quatre Etats en ont fait de même: le Nouveau-Mexique, l’Illinois, le New Jersey et l’Etat de New York. Le Kansas et le Kentucky font l’objet de propositions d’abolition. En Californie, les militants contre la peine capitale ont récolté suffisamment de signatures pour lancer une initiative qui sera soumis au vote populaire en novembre. Dans le système fédéral américain, les Etats ont chacun leur propre système de justice pénale. Seules deux possibilités s’offrent dès lors aux Américains pour abolir la peine capitale: une décision de la Cour suprême ou le vote (parlementaire ou populaire) des Etats eux-mêmes. Or pour l’heure, les abolitionnistes attendent peu de la Cour, celle-ci étant considérée comme l’une des plus conservatrices de l’histoire des Etats-Unis.

Aux Etats-Unis, les exécutions ont fortement reculé, passant de 98 en 1999 à 43 en 2011. Les condamnations à mort sont passées de 300 il y a une dizaine d’années à 78 l’an dernier.