Nations unies

Le Conseil des droits de l’homme dans l’œil du cyclone mondial

Cet organe subsidiaire de l'Assemblée générale de l'ONU basé à Genève suscite de grosses attentes alors qu'il s'apprête à entamer ce lundi sa 34e session dans un monde en plein désarroi 

Des pourparlers sur la Syrie qui semblent ne mener nulle part. Des Etats autoritaires qui remettent de manière croissante en question l’universalité des droits humains et l’ordre international en place depuis la Seconde Guerre mondiale. Une nouvelle administration américaine qui souffle le chaud et le froid quand il s’agit de respect du droit international. La 34e session du Conseil des droits de l’homme (CDH) débute ce lundi dans un contexte délétère.

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Cet organe n’a que rarement suscité autant d’attentes. Comme si Genève devait s’affirmer comme le grand stabilisateur d’un monde en désarroi ou, selon Will Hutton, directeur de l’Hertford College d’Oxford venu parler à l’Institut de hautes études et du développement jeudi dernier, comme le garant des valeurs héritées des Lumières.

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Ambassadeur de Suisse auprès des Nations unis à Genève, Valentin Zellweger est catégorique: «Au vu du niveau d'incertitude qui règne sur la scène internationale, la 34e session du Conseil des droits de l'homme revêt une importance cruciale.» Et le diplomate d’ajouter: «Le monde est en train de changer. Le discours de Xi Jinping à l'ONU fut en ce sens révélateur. Le président chinois a choisi Genève pour prononcer un discours fondamental sur la politique étrangère de la Chine.»

Possible génocide au Soudan du Sud

Un chiffre vient étayer l’impression de Valentin Zellweger: jamais dans l’histoire du CDH, créé en 2006, autant de hauts dignitaires n’ont décidé d’intervenir lors du segment de haut niveau qui débute ce lundi. Ils seront au moins 107 ministres et chefs d’État à faire le déplacement de Genève dont les présidents palestinien et libyen Mahmoud Abbas et Faiez Mustafa Serraj. L’organe onusien débattra de 86 rapports, traitera de ce que certains décrivent déjà, au Soudan du Sud, comme un possible génocide ou encore d’un rapport de la Commission d’enquête du CDH sur Alep. Avec ses nouveaux membres, dont l’Irak et le Rwanda, il sera testé sur l’universalité de son action.

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Le CDH devra composer avec un administration américaine qui a émis des signaux contradictoires. Installé depuis près de 40 jours au Bureau ovale, Donald Trump n’est pas pressée de remplacer l’ambassadeur Keith Harper, qui a quitté ses fonctions peu après l’élection du républicain à la Maison-Blanche. Cette semaine, l’administration Trump ne sera toutefois pas absente des discussions, Washington envoyant à Genève Erin Barclay, une diplomate de carrière spécialisée ayant servi aussi au sein de l’administration Obama.

Directeur de plaidoyer auprès du Bureau genevois de Human Rights Watch, John Fisher donne déjà un exemple de retournement des Etats-Unis: «L’Amérique d’Obama a été à la pointe dans la promotion des droits LGBT (lesbiens, gays, bisexuels et transgenres). Mais l’administration Trump vient d’annuler l’autorisation octroyée par le président Obama aux transgenres pour fréquenter les toilettes correspondant à leur nouvelle identité sexuelle.» Directeur de la section ONU à Human Rights Watch à New York, Louis Charbonneau met en garde. Selon lui, un retrait américain du CDH en raison de ses prises de position anti-Israël et, selon l'administration Trump, son manque d'efficacité, serait une erreur et une décision à court-terme qui porterait fortement préjudice aux efforts onusiens pour protéger les droits de l'homme. "Un retrait des Etats-Unis ne ferait rien pour défendre les intérêts américains. Il ne ferait que réduire l'influence de l'Amérique sur la scène internationale. Il affaiblirait aussi les alliés des Etats-Unis au sein du CDH. Il encouragerait de fait des pays qui abusent systématiquement des droits humains comme la Chine et l'Arabie saoudite à utiliser leur statut de membre pour faire obstruction et empêcher le principal organe onusien chargé de la défense des droits de l'homme de mettre en lumière les atrocités commises par les auteurs des pires violations dans le monde."

Discussions musclées attendues

Un désengagement américain dans le domaine des droits de l’homme ne serait pas une première. L’administration de George W. Bush avait refusé de soutenir le CDH et d’y adhérer. Mais conjugué avec une éventuelle réduction substantielle de la contribution américaine au budget onusien, il serait fâcheux. Porte-parole du CDH, Roland Gomez le rappelle: Sous la présidence de Barack Obama, «les Etats-Unis ont été très actifs et constructifs, notamment sur des dossiers comme la Syrie, le Sri Lanka ou la Corée du Nord.» Le décret de Donald Trump interdisant aux musulmans de sept pays de fouler le sol américain provoquera à n’en pas douter des interventions musclées des membres du CDH lors d’un dialogue interactif qui s’annonce houleux.

Si Washington laisse planer le doute, la Russie de Vladimir Poutine n’est elle pas en odeur de sainteté au CDH. L’an dernier, Moscou a subi un camouflet lors de l’élection au Conseil, se faisant brûler la politesse par la Croatie et la Hongrie lors d’une vote de l’Assemblée générale. C’est le premier membre permanent du Conseil de sécurité qui échoue dans une telle élection depuis l’avènement du CDH en 2006.

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L’impact de l’absence russe est difficile à mesurer. «La Russie a joué un rôle négatif au CDH en attaquant les défenseurs des droits de l’homme et en s’appliquant à réduire l’espace dévolu à la société civile en Russie, poursuit John Fisher. J’espère qu’après sa non-élection, elle va jouer un rôle plus constructif.» Quant à la Chine de Xi Jinping, qui s’affirme au sein du système onusien, un diplomate européen le souligne : «Pékin a un personnel très compétent. Elle a peut-être des visions différentes de l’Occident sur certains points, mais je crois qu’elle est disposée à coopérer.»

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