Les premiers pas sont toujours les plus difficiles. Le nouveau Conseil des droits de l'homme des Nations unies, qui a achevé vendredi soir sa première session de deux semaines, a passé le premier écueil. Après l'enterrement de la Commission des droits de l'homme, discréditée pour ses biais et sa forte politisation, le défi que les 47 membres de la nouvelle institution onusienne devaient relever n'était pas simple.

Les succès

En six jours effectifs de travail, le Conseil des droits de l'homme peut se targuer d'avoir glané plusieurs succès. A commencer par la Convention pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, un instrument juridique fondamental adopté par consensus. En outre, le Conseil a approuvé à une large majorité une Déclaration sur les droits des peuples autochtones. Autre point positif: les procédures spéciales (rapporteurs spéciaux mandatés pour dresser un état des lieux des droits humains dans divers pays) ont été reprises. Dans un an toutefois, tous les mandats seront réexaminés. Enfin, les membres du Conseil se sont mis d'accord sur un programme de travail pour les prochaines sessions de septembre, décembre et mars. Quant aux ONG, elles sont rassurées par le rôle qu'elles pourront toujours jouer dans l'institution.

Ambassadeur de Suisse auprès des Nations unies, Blaise Godet ne cache pas que la personnalité du président du Conseil, l'ambassadeur mexicain Luis Alfonso De Alba, a été prépondérante. «C'est un président habile, expérimenté, qui a toujours maintenu le cap. Si on avait eu un président plus faible, les risques de dérapage n'étaient pas exclus», souligne Blaise Godet. Directrice du bureau genevois de Human Rights Watch, Mariette Grange renchérit: «En multipliant les discussions informelles, Luis Alfonso De Alba a réussi à gagner la confiance des membres du Conseil.»

Au niveau des délégations, les impressions divergent. Le chef de la délégation cubaine, Juan Antonio Fernandez Palacios, reste sceptique quant au nouveau Conseil. «Certains disent que ce n'est qu'un vieux vin dans une nouvelle bouteille. Personnellement, je pense que cette session n'a pas été aussi bonne que je pensais.» Mariette Grange n'est pas dupe: «C'est maintenant que le vrai travail va commencer.»

Zones d'ombre

Le bilan comporte néanmoins des zones d'ombre. Si le Conseil n'a pas été le théâtre de combats homériques dignes de l'ex-Commission, c'est aussi parce qu'on s'est beaucoup concentré sur les questions de procédure. L'esprit de coopération a certes supplanté l'attitude inquisitoriale du passé. Mais quand il s'agira de se pencher sur des situations concrètes de certains Etats, rien ne garantit que les dérapages pourront être évités. Quant aux questions d'actualité brûlante, le Conseil pouvait difficilement échapper à un débat sur la Palestine au vu des récents événements de Gaza. Une résolution demandant d'examiner la situation sur place a été adoptée. Le groupe arabe a ensuite demandé la tenue d'une session spéciale sur la Palestine la semaine prochaine.

Pour les uns, une telle session montrerait la crédibilité du Conseil, qui s'intéresse aux problèmes urgents, pour les autres, elle risque de saper les fondements d'une institution en devenir. Une réponse sera donnée lundi par le bureau du Conseil. L'ambassadeur américain auprès de l'ONU à Genève, Warren Tichenor, a manifesté vendredi sa «déception» de voir le Conseil se focaliser dès sa première session sur Israël. Mais il a assuré que les Etats-Unis allaient toujours s'engager à faire du Conseil un organe fort et efficace.