La décision a fait l'objet d'un consensus d'autant plus étonnant que la question est pour le moins sensible. Comme un seul homme, le Conseil œcuménique des Eglises (COE, dont le siège est à Genève) a adopté la semaine dernière un texte appelant les Eglises à «désinvestir» leurs fonds placés dans les actions des compagnies qui jouent un rôle dans l'occupation israélienne des territoires palestiniens occupés.

Plutôt habitué à voir dans les églises protestantes un allié indéfectible, l'Etat hébreu a été cueilli à froid par cette déclaration. «Assiste-t-on à la fin de la lune de miel entre les chrétiens et Israël?», s'interroge ainsi la presse israélienne.

Dans l'orbite du président George Bush, les diverses églises protestantes conservatrices ont, ces dernières années, multiplié les prises de position et les actions favorables à Israël. Mais le protestantisme américain est loin de constituer un bloc monolithique. Le mois dernier, l'Eglise presbytérienne unie des Etats-Unis, l'une des églises libérales les plus influentes du pays, a provoqué une mini-tempête. Dans un processus qui se veut «sélectif et graduel», elle appelle ainsi ses membres à ne plus investir au sein de certaines entreprises qui participent d'une manière ou d'une autre à l'occupation des territoires palestiniens. Premières visées: la firme Caterpillar, dont les bulldozers ont servi à la démolition de milliers de maisons palestiniennes, ou d'autres entreprises de construction actives au sein des colonies de peuplement israéliennes ou à l'œuvre dans l'érection du mur de séparation en Cisjordanie.

Forte de fonds qui s'élèvent à 7 milliards de dollars, particulièrement influente auprès des élites américaines, l'Eglise presbytérienne unie a les moyens de faire entendre sa voix. Selon le journal israélien Haaretz, les organisations pro-israéliennes des Etats-Unis ont cependant choisi de ne pas entrer de plain-pied dans cette bataille, insistant sur le fait qu'il fallait «donner le moins de publicité possible à cette décision». Plusieurs organisations juives ont cependant été promptes à la mettre sur le compte du vieil antisémitisme chrétien.

C'est dans ce contexte que le comité central du COE décidait, à l'unanimité, d'emboîter le pas de cette église américaine. Réunissant 346 églises à travers le monde, comptabilisant quelque 500 millions de chrétiens, le COE a opté lui aussi pour un appel à «une pression économique, appliquée de manière ouverte et appropriée». En clair, s'il ne s'agit pas d'appeler à un boycott des entreprises, le COE demande aux Eglises «d'utiliser leurs fonds de manière responsable, en soutien à des solutions pacifiques».

Alors que l'Intifada palestinienne semble toucher à sa fin, le moment est-il approprié d'exercer une pression économique sur Israël? Au COE, on explique ne pas être tributaire du calendrier politique et agir en conformité avec la logique des méthodes non violentes. «C'est une nouvelle occasion pour le COE d'adopter de manière déguisée les plus extrémistes des positions palestiniennes», lui rétorque par exemple David Frankfurter, un commentateur dans un site pro-israélien (israelinsider.com), qui évoque, lui aussi, «les blessures de l'antisémitisme chrétien».

Des initiatives comparables, bien que plus radicales, prises par le COE contre le régime d'apartheid avaient contribué à fragiliser le pouvoir sud-africain. Aujourd'hui, plusieurs groupements sont encore à l'œuvre en Europe, prônant un boycott des produits israéliens exportés à partir des colonies établies dans les territoires palestiniens. En Suisse, le conseiller national socialiste Carlo Sommaruga vient également de déposer une initiative parlementaire en ce sens qui a été sèchement rejetée par la Commission des affaires extérieures du National. Le Suisse Jean Ziegler, rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation avait préconisé, lui aussi, des pressions sur l'entreprise Caterpillar afin de faire cesser la démolition des maisons palestiniennes.