Les appels à la médiation et à la protection des populations civiles du Tigré se faisaient plus pressants. La première réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur le conflit organisée mardi a d’abord été annulée à la demande des pays africains, pour donner plus de temps à la médiation de l’UA. Puis, elle a bien eu lieu, sans donner lieu toutefois à une déclaration commune. Un nouveau communiqué du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a souligné son inquiétude face à une possible offensive militaire dans la capitale régionale de Mekele.

Le Conseil de sécurité des Nations unies (ONU) tiendra mardi sa première réunion sur la guerre au Tigré, à la demande de l'Afrique du Sud, du Niger, de la Tunisie et de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, rapportent lundi des sources diplomatiques. Cette réunion virtuelle se tiendra à huis clos et il n'était pas clair lundi soir si elle donnerait lieu à la publication d'une déclaration.

Cette session intervient alors que le président de la région dissidente du Tigré, dans le nord de l'Ethiopie, a affirmé lundi que son peuple était «prêt à mourir», au lendemain d'un ultimatum de 72 heures lancé par le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed aux dirigeants tigréens pour qu'ils se rendent.

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Près de trois semaines après le début d'une opération militaire visant à rétablir son autorité sur cette région du nord de l'Ethiopie, le pouvoir fédéral projette d'«encercler» prochainement Mekele, capitale du Tigré et siège du gouvernement local issu du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qu'il veut remplacer par des «autorités légitimes».

De nombreux ultimatums

Il y a dix jours, Abiy Ahmed avait lancé un premier ultimatum aux combattants tigréens, les appelant à faire défection et à rejoindre l'armée fédérale. Quelques jours plus tard, il annonçait que l'intervention militaire au Tigré, lancée le 4 novembre, entrait dans sa «phase finale».

«Combien de fois (Abiy Ahmed) a-t-il dit trois jours ? Il ne comprend pas qui nous sommes. Nous sommes un peuple de principes et prêt à mourir pour défendre notre droit à administrer notre région», a déclaré lundi à l'Agence France-Presse (AFP) le président du Tigré et chef du TPLF, Debretsion Gebremichael.

«Il s'agit de camoufler la défaite que (les soldats éthiopiens) ont subie aujourd'hui sur trois fronts. Afin d'avoir du temps pour se regrouper», a-t-il ajouté, sans préciser de quels fronts il s'agissait.

Le TPLF a également annoncé, via son agence de presse officielle, Tigray Mass Media Agency, avoir tiré lundi des roquettes sur l'aéroport de Bahir Dar, capitale de la région voisine de l'Amhara. C'est la troisième fois que cet aéroport est visé par des attaques du TPLF, qui affirme qu'il est utilisé par les appareils éthiopiens bombardant le Tigré.

Dans l'attente d'une initiative de l'Union africaine

Le sujet de l'Ethiopie a été abordé à la mi-novembre par les quinze membres du Conseil de sécurité, mais c'était à l'occasion d'un déjeuner mensuel virtuel organisé par le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, selon des diplomates. Leur discussion mardi sera donc leur premier réel échange formel depuis le déclenchement de l'opération militaire éthiopienne au Tigré, qui a entraîné la fuite de plus de 40 000 personnes vers le Soudan voisin.

Antonio Guterres avait réclamé vendredi «l'ouverture de couloirs humanitaires» pour venir en aide à la population prise au piège des combats dans le nord de l'Ethiopie.

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Lors d'une conférence de presse, il avait alors justifié l'absence de réunion du Conseil de sécurité, chargé de la paix et de la sécurité dans le monde, par l'absence d'accord des autorités éthiopiennes pour une médiation, laissant entendre qu'il revenait à l'Union africaine de prendre l'initiative. L'Union africaine a nommé envoyés spéciaux les anciens présidents mozambicain Joaquim Chissano, libérienne Ellen Johnson-Sirleaf et sud-africain Kgalema Motlanthe.