«Aujourd'hui, je ne dis pas que la guerre n'aura pas lieu, je dis qu'elle peut être évitée, et qu'il appartient à Saddam Hussein de satisfaire aux obligations de l'ONU.» Au lendemain de la présentation au Conseil de sécurité par les Etats d'un nouveau projet de résolution musclé sur le retour en Irak des inspecteurs en désarmement, le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, a clairement signifié jeudi que la balle était désormais dans le camp irakien. La France qui s'était opposée aux versions précédentes, tout comme la Russie, a trouvé un accord jeudi avec le président américain. Elle souhaitait apporter des «clarifications» pour lever toute ambiguïté quant au risque d'un recours automatique à la force par Washington. Le président français Jacques Chirac avait déclaré un peu plus tôt depuis Rome, en marge du sommet franco-italien, «nous sommes tout près du terme»: l'adoption à l'unanimité d'une résolution légèrement remaniée dès ce vendredi, comme l'espérait Washington.

Le texte américain, qui prétend offrir «une dernière chance» à Bagdad de se conformer à ses obligations en matière de désarmement, faute de quoi il endurera des «conséquences graves», a été jugé «plein de haine et d'agressivité» par le quotidien Babel, dirigé par Oudaï, le fils aîné de Saddam Hussein. «Il ressort du projet (de résolution, ndlr) que, malgré ce que nous avons déjà donné et ce que nous céderons […], le résultat sera le même: une agression», écrit le journal. Le ton tranche avec les propos plutôt conciliants tenus en début de semaine. Lundi, l'Irak avait en effet accepté de prendre en considération ladite résolution, après avoir longtemps martelé que jamais il ne l'accepterait. Le revirement de jeudi est toutefois relatif: depuis dix ans qu'il fait l'objet de résolutions de la part de l'ONU, le régime irakien finit toujours, en bout de course, par se plier aux exigences onusiennes. Les déclarations de lundi constituent de ce point de vue les prémisses d'une possible acceptation, qui pourrait intervenir dès lors que Bagdad ne craindra plus de perdre la face.

L'unanimité programmée du Conseil de sécurité de l'ONU et la satisfaction de ses membres permanents de parvenir enfin à un accord, après près de deux mois d'intenses tractations, cachent toutefois mal les inquiétudes de l'un des principaux intéressés par la résolution, hormis Saddam Hussein: Hans Blix, le chef de l'UNMOVIC, la commission de l'ONU chargée, avec l'Agence internationale pour l'Energie atomique (AIEA), des missions d'inspection. Celui-ci, sous très forte pression américaine pour accepter les modalités d'inspections délibérément musclées, a répété mercredi que selon lui, il serait très difficile pour Bagdad de donner dans les 30 jours suivant l'adoption de la résolution la liste de tous les aspects de ses programmes d'armes de destruction massive, comme l'exige Washington. Il craint en outre d'avoir besoin de beaucoup plus de temps que les 60 jours prévus pour remettre au Conseil de sécurité un rapport préliminaire sur le déroulement des missions.

L'inquiétude de Hans Blix fait écho aux soupçons qui pèsent sur l'esprit dans lequel Washington entend interpréter la résolution. En début de semaine, le secrétaire américain à la défense, Colin Powell, affirmait en effet que les termes de celle-ci permettraient de savoir «très tôt si Saddam Hussein et le gouvernement irakien ont l'intention de coopérer». Comme si ces termes avaient été choisis pour conduire à la confrontation.