Allemagne

Les conservateurs bavarois adressent un ultimatum à Angela Merkel

La crise politique s’est aggravée lundi en Allemagne. Le ministre de l’Intérieur, le conservateur bavarois Horst Seehofer, a adressé à sa chancelière, Angela Merkel, un ultimatum sur la question des migrants

La chancelière CDU Angela Merkel et son ministre de l’Intérieur CSU Horst Seehofer ont tenu lundi deux conférences de presse simultanées, signe de leur profond désaccord sur le dossier de l’asile. Le second a adressé à la première un ultimatum sur la question migratoire, qui menace la fragile majorité au pouvoir à Berlin. Horst Seehofer n’a laissé à sa cheffe que dix minutes d’avance, pour annoncer qu’elle chercherait d’ici au sommet européen des 28 et 29 juin une solution européenne sur la question de l’asile. Le Bavarois a pris la parole à Munich, au sortir d’une réunion de crise des instances dirigeantes du parti chrétien-social qu’il dirige, pour souhaiter le succès de Merkel dans sa recherche de compromis européen. Avant d’ajouter qu’il chargera, dès le 1er juillet, la police fédérale d’entamer les reconduites à la frontière pour certaines catégories de demandeurs d’asile.

«Masterplan migration»

«De plus, a affirmé Horst Seehofer, nous commencerons dès maintenant à refouler systématiquement tous ceux qui se présenteraient à la frontière malgré une interdiction d’entrer en Allemagne. Il est inimaginable qu’une interdiction de pénétrer sur le territoire allemand ne soit pas respectée.» En cas d’échec d’une solution européenne, le ministre de l’Intérieur est déterminé à adopter contre l’avis de la chancelière son «masterplan migration», ce qui se traduirait par son renvoi et l’éclatement de la majorité.

Poussé par l’aile la plus radicale de son parti, Horst Seehofer a posé, face aux caméras du monde entier, un ultimatum à la chancelière, du jamais-vu dans l’histoire commune de la CDU-CSU. Un accord lie les deux partis depuis 1949. Il prévoit notamment que la CDU ne présente pas de candidats lors des élections en Bavière, tandis que la CSU se limite à un rôle régional.

Etrange climat que cette guerre larvée que chacune des deux «sœurs», comme on les appelle en Allemagne, semble à la fois vouloir désamorcer et attiser. «Les deux formations ont peur d’une cassure irrémédiable, estime à ce sujet le politologue Hajo Funke, de l’Université libre de Berlin. Pour la CDU, il en va de l’essence de son identité. Angela Merkel est prête à faire des compromis sur l’asile, mais dans les clous de l’Union européenne.» Il est pour elle impensable d’accepter – comme le veut la CSU – que soient automatiquement refoulés les étrangers qui auraient déposé une demande d’asile dans un autre pays de l’Union européenne, ce qui au bout de la chaîne aggraverait la situation de l’Italie et de la Grèce.

Des semaines décisives

«La CSU, ajoute Hajo Funke, a sur le fond les mêmes valeurs. Mais son patron, Horst Seehofer, est mis sous pression par le nouveau chef du Land, Markus Söder, et le chef du groupe parlementaire bavarois, Alexander Dobrindt. Tous deux représentants d’une nouvelle génération, ils ont choisi de dévier de cette identité dans l’espoir – à mon avis illusoire – de contrer la poussée du parti d’extrême droite AfD aux élections régionales bavaroises de l’automne. Ce virage à droite ne convient ni aux catholiques ni aux libéraux au sein du parti, et il ferait se retourner dans sa tombe la figure historique de la CSU, Franz Josef Strauss, qui a toujours cherché à renforcer l’union entre CDU et CSU.»

Les deux semaines qui viennent s’annoncent donc décisives pour Angela Merkel. Ni l’Italie ni la Grèce ne sont prêtes à accueillir davantage de migrants. «La situation est explosive, estime le politologue Thorsten Faas, de l’Université libre de Berlin. Pour les protagonistes, il en va de leur survie. Si la coalition éclate, il est difficilement imaginable qu’Angela Merkel ou Horst Seehofer puissent survivre sur le plan politique.»

De janvier à fin avril, 56 127 personnes ont déposé en Allemagne une première demande d’asile, contre 69 605 pour la même période de 2017, soit une baisse de 19,4%. Dans la même période, 21 523 demandes de retour vers un pays tiers ont été adressées dans le cadre des Accords de Dublin (qui prévoient que la demande d’asile d’un réfugié soit examinée par le premier pays d’entrée au sein de l’Union européenne). 14 652 de ces demandes ont été acceptées. Mais seules 3178 personnes ont été effectivement ramenées à la frontière à ce titre.

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