Les conservateurs iraniens ont annoncé le début d'un «grand nettoyage» au sein du pays, mercredi au cours d'une manifestation de centaines de milliers de personnes venues soutenir le système islamique secoué par six jours de rassemblements d'étudiants en faveur de réformes démocratiques. Les personnes arrêtées lors des manifestations des derniers jours qui ont donné lieu à des scènes d'émeutes ont été présentées comme des «criminels» et des «contre-révolutionnaires», passibles de la peine de mort.

«Notre révolution a désormais besoin d'un grand nettoyage et cela va faire évoluer le régime et la révolution», a déclaré mercredi l'hodjatoleslam conservateur Hassan Rouhani, vice-président du parlement et secrétaire du Conseil de sécurité nationale. Ce responsable iranien s'exprimait lors de la manifestation de soutien au régime qui a rassemblé sur le campus de l'Université de Téhéran et sur les grands boulevards voisins plusieurs centaines de milliers de personnes, venues à l'appel d'organisations officielles conservatrices.

Les manifestants brandissaient des portraits du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, numéro un du pays et détenteur de la légitimité théocratique, avec des inscriptions comme «Ma vie appartient au guide» ou «Nous sommes à l'écoute du guide». Ils scandaient «Mort à l'Amérique», «Mort à Israël», «Mort aux hypocrites», terme qui désigne les Moudjahidin du peuple, le principal mouvement d'opposition armée au régime iranien, basé en Irak. «Nous sommes là pour envoyer une gifle aux contre-révolutionnaires et à l'oppression mondiale et à sa tête les Etats-Unis», a lancé une femme en tchador noir accompagnée de son enfant de 8 ans. Certains manifestants portaient des linceuls blancs aspergés d'encre rouge sang, signe de leur disposition à mourir en «martyrs».

Le président réformateur Mohammad Khatami, bien qu'il ait désavoué la veille la poursuite des manifestations étudiantes, était le grand absent du rassemblement de mercredi. Aucun portrait de lui n'était visible dans la foule, contrairement aux manifestations étudiantes où des milliers de jeunes chez qui il est très populaire portaient des affiches du président modéré. Mohammad Khatami, dont les appels au calme des derniers jours n'ont pas été entendus, a désapprouvé mardi la poursuite du mouvement étudiant, parlant de «déviations qui seront réprimées avec force et détermination». Il a accusé les responsables de ces manifestations de vouloir «porter atteinte aux fondements du régime et de vouloir attiser les tensions et le désordre».

L'agitation qui a secoué ces derniers jours Téhéran, mais aussi de nombreuses grandes villes de province, a fait deux morts, selon un bilan officiel, au moins cinq, selon la presse. Mercredi en fin de journée, le quartier de l'Université de Téhéran avait retrouvé son calme.