La présidente indonésienne Megawati Sukarnoputri aurait-elle été sous-estimée? Le gouvernement qu'elle a présenté jeudi a été accueilli très positivement par les analystes et la communauté d'affaires. «C'est une plaisante surprise. Megawati a eu la grande sagesse de limiter les cadeaux politiques», considère Sarwono Kusumatmaadja, un ancien ministre. Son équipe économique, majoritairement composée de technocrates, est menée par Dorodjatun Kuntoro-Jakti, un ancien ambassadeur aux Etats-Unis réputé comme «l'un des meilleurs économistes du pays». L'un des portefeuilles clés, celui des entreprises d'Etat, est occupé par Laksamana Sukardi, un ancien banquier dont la réputation d'incorruptibilité est solidement établie. Le Ministère de la défense a été confié à Matori Abdul Jalil, un civil qui dirigeait jusqu'à récemment un parti musulman. Trois généraux en retraite ont obtenu des portefeuilles ministériels, une proportion moindre que dans les gouvernements précédents.

Beaucoup considèrent que le fait que Megawati ait pu imposer ses choix sans faire trop de concessions aux divers partis politiques qui l'ont soutenue dans son accession au pouvoir montre clairement qu'elle commence à établir son autorité. «Elle a beaucoup appris de ses erreurs passées. Un nouveau politicien est né. Elle est devenue politiquement sophistiquée», considère l'historien Said Salim. Les marchés financiers ont réagi positivement immédiatement après l'annonce du nouveau gouvernement. La rupiah, la monnaie locale, qui n'a cessé de se renforcer depuis le début du mandat de Megawati, flirtait jeudi avec la barre des 9000 rupiahs pour un dollar, son niveau le plus haut depuis dix mois. «Ce cabinet est très important parce que l'Indonésie est entrée dans une période d'euphorie avec le renforcement de la rupiah. Il y a une opportunité réelle pour résoudre les problèmes», estime Lin Che Wei de la firme SG securities.

Mari averti

Megawati, qui a remplacé l'ex-président Wahid évincé du pouvoir pour «incompétence» par l'Assemblée législative le mois dernier, a fait démentir les prévisions pessimistes qui avaient accueilli son accession à la tête du pays. On la qualifiait de nationaliste bornée? Elle a étendu le champ de compétences du tribunal chargé de juger des crimes commis par les milices et les militaires indonésiens au Timor Oriental. On craignait qu'elle renonce à s'attaquer à la famille de l'ancien président Suharto accusé de s'être enrichi illicitement pendant des décennies? Elle vient d'ordonner l'arrestation de Tommy Suharto, le fils cadet de l'ex-dictateur, en fuite depuis près d'un an.

Megawati a aussi mis en garde son mari, l'homme d'affaires Taufik Kiemas, et le reste de sa famille contre les tentations de la corruption. Il sera maintenant intéressant de voir à quel rythme Megawati, souvent accusée d'agir trop lentement, pourra mettre en place les réformes annoncées. Le redressement de l'économie reste la priorité absolue: le Fonds monétaire international a suspendu depuis décembre 2000 un prêt de 9 milliards de francs devant le manque d'entrain du gouvernement précédent à restructurer l'économie et à liquider les actifs des banques nationalisées criblées de mauvaises dettes. Le nouveau ministre coordinateur pour l'économie, Dorodjatun Kuntoro-Jakti, a annoncé qu'il allait d'abord s'attacher à obtenir le rééchelonnement de la dette extérieure indonésienne qui se monte à 250 milliards de francs.