En un débat de six heures, mardi, au Parlement de Strasbourg, les eurodéputés se sont affrontés sur la Constitution européenne. Ils doivent voter ce mercredi – probablement de manière positive – sur ce texte qui restera pourtant suspendu aux référendums prévus dans plusieurs Etats européens, à commencer par l'Espagne, qui vote le 20 février.

Certains eurodéputés se sont lancés dans des envolées lyriques ou historiques, mais la plupart des partisans du texte ont tenté de rester concrets. Le libéral britannique Andrew Duff a appelé, avec pragmatisme, le Parlement européen à se montrer «stratégique» et à saisir les «nouveaux pouvoirs» que lui donne la Constitution. Son concitoyen, le travailliste Richard Corbett, a jugé que l'UE deviendrait, grâce à la Constitution, «la plus démocratique des structures internationales ou supranationales du monde».

Les opposants n'en croient rien, et, comme Philippe de Villiers, ils ont sorti leur panoplie habituelle. Le Français a dénoncé l'atteinte à la «souveraineté» des Etats et fustigé la «bureaucratie bruxelloise» qui deviendra ainsi un «acteur international». L'épouvantail du «super-Etat» a énervé le conservateur allemand Elmar Brok: «C'est n'importe quoi, s'est-il indigné. Le Traité constitutionnel explique noir sur blanc que les compétences de l'Union ne s'exercent que lorsque les Etats sont trop faibles pour agir eux-mêmes.» Sa collègue française, Françoise Grossetête, a ironisé: les gouvernements qui ont adopté le texte, n'avaient «certainement pas l'intention de se faire hara-kiri».

A la gauche de l'assemblée, à côté de socialistes très lyriques sur la Constitution, les communistes ont opté, au nom de l'Europe sociale, pour un «non européen». Les Verts prônent un «oui de combat» et comptent utiliser toutes les possibilités qu'offre la Constitution – comme le droit d'initiative populaire – pour améliorer l'Europe. Elmar Brok, lui, n'a pas oublié que le texte constitutionnel restait menacé en France et en Grande-Bretagne: le processus de ratification selon qu'il est positif ou négatif va «montrer très vite quels sont les pays dirigés par de véritables hommes d'Etat».