Les sociétés suisses ABB, Sulzer et Hydro participent au projet de construction du barrage d'Ilisu dans l'Est anatolien. Un investissement d'une dizaine de milliards de francs pour un barrage qui forcera au déplacement de 16 000 à 25 000 personnes. L'organisation de défense des droits de l'homme «Kurdish human rights project», basée à Londres, estime: «Tout soutien pour ce projet équivaut à soutenir un désastre humain potentiel.» L'organisation dénonce «la destruction de Hasankeyf, un site culturel et religieux fondamental pour des millions de Kurdes, l'absence de consultation des populations concernées, le déplacement de 25 000 personnes sans réel plan de relocation, l'impact environnemental négatif de la construction du barrage […] qui créera auprès des populations des problèmes de santé…».

Experts indépendants

Les autorités helvétiques ont appuyé les entreprises suisses dans ce projet et leur ont accordé une garantie des risques à l'exportation pour 470 millions de francs. Le porte-parole du secrétariat d'Etat à l'Economie, Alan Kocher, a affirmé que la Suisse allait «surveiller de très près la relocation des populations touchées afin que ces déplacements se fassent selon les règles internationales et pour que les autorités turques maintiennent leurs engagements». Les autorités helvétiques sont en train de choisir des experts indépendants pour s'assurer du suivi dans la construction du barrage. D'ici à quelques semaines, une réunion est prévue avec les représentants du Ministère turc de l'énergie pour mettre en place une surveillance commune. Des garanties de sécurité «insuffisantes» auxquelles ne croient de toute manière pas les membres du Kurdish human rights project. Ces derniers envisagent des actions en justice en Turquie, en Europe et aux Etats-Unis devant «les violations des droits de l'homme qui se sont déjà produites lors des premières évictions de populations».