« Il y a deux ans et quelques mois, par une journée pluvieuse de mars, les petites rues qui s’enchevêtrent, à deux pas du Jardin des Plantes, […] voyaient leur tranquillité troublée par une théorie d’automobiles. Il en descendit, à l’admiration des bourgeois ayant mis nez à la fenêtre, des cheikhs aux amples burnous à capuchon de laine blanche, des bonnets d’astrakan où était cousu l’emblème du schah, des maréchaux de France, des ministres, des diplomates, des hommes de lettres.

Ils franchirent une enceinte de palissades où flottait l’étendard de l’Islam, pénétrèrent sur un terrain vague, occupé jadis par l’ancien hôpital de la Pitié, tandis que s’avançait au-devant d’eux le plus parisien des musulmans, Si Kaddour Benghabrit, président de la Société des Habous des Lieux-Saints de l’Islam, dont le regard intelligent et le sourire accueillant recevaient ces hôtes illustres, venus pour assister à la pose de la première pierre de la Mosquée de Paris.

L’Islam adressa des paroles de reconnaissance à la France. On rappela le vieux traité conclu entre Louis XV et le sultan Mohammed ben Abdallah, où il était stipulé que «les consuls français auraient le droit d’avoir un lieu réservé à leurs prières et qu’il en serait de même pour les sujets musulmans dans le pays de France». […]

Mais en dépit des projets, des maquettes, des descriptions de la future mosquée, l’imagination avait de la peine à parer de la splendeur orientale cet îlot désolé, perdu entre les hautes murailles des maisons locatives, et à se représenter sous le ciel de Paris le cyprès, le minaret et la blancheur des coupoles promises. Mais avec de la bonne volonté et du béton armé, on accomplit des merveilles et sur le terrain, désert il y a deux ans, une cité musulmane avec ses coupoles et son minaret, avec sa mosquée bâtie sur le modèle des mosquées de Fès, surgit aujourd’hui aux yeux étonnés du passant. […] »