Un mois après le voyage historique de deux navires taïwanais reliant directement la Chine continentale, Pékin autorise à son tour pour la première fois depuis 1949 l'un de ses bateaux à traverser les six kilomètres du détroit de Formose. Une centaine d'habitants de la province du Fujian vont retrouver aujourd'hui leurs proches résidant sur les îles nationalistes de Quemoy et de Matsu. Ce geste en retour de Pékin marque une nouvelle étape entre les deux Chine pour renouer le dialogue.

Vendredi dernier, une dizaine d'hommes d'affaires taïwanais étaient autorisés à prendre la même route pour regagner leur nouveau lieu de travail en Chine. Là encore, il s'agissait d'une première. L'ouverture par Taipei des «trois mini-liens» depuis le 1er janvier de cette année (transport, commerce, poste) s'applique pour l'instant aux seuls résidants de Quemoy et Matsu. Les habitants de la grande île taïwanaise doivent normalement encore passer par un pays tiers. En sens inverse, des journalistes de l'agence officielle «Chine nouvelle» vont ouvrir un bureau à Taipei ce jeudi. Ce type de représentation a longtemps fait office d'ambassade officieuse à Hong Kong avant le retour de la colonie dans le giron chinois, en 1997.

Dans son discours du Nouvel An chinois, il y a deux semaines, le président taïwanais Chen Shui-bian a évoqué une éventuelle intégration politique avec la Chine. La veille, le vice-premier ministre chinois Qian Qichen tendait également à Taipei une branche d'olivier. Ce dernier a affirmé que tout pouvait être discuté et qu'il était prêt à serrer la main à quiconque reconnaît le principe intangible d'un territoire chinois unique.

Sur le fond, la Chine n'a pas changé de stratégie en vue d'une réunification avec l'«île rebelle». La recette «un pays deux systèmes» déjà appliqué à Hong Kong et Macao doit être étendue à Taïwan. Mais le ton a considérablement changé depuis l'élection, en mars dernier, du nouveau président taïwanais issu des rangs d'un parti indépendantiste. Pékin semble aujourd'hui prêt à discuter avec l'administration de Chen Shui-bian. Depuis dimanche, un haut responsable de l'île entame une visite de douze jours dans plusieurs grandes villes chinoises.

Le calendrier politique – la candidature de Pékin aux Jeux olympiques et l'entrée prochaine de la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce – semble propice pour briser le gel des relations. Cette éclaircie pourrait toutefois être remise en question. En avril, Taïwanais et Américains discuteront de la vente à l'île de destroyers équipés du système Aegis. L'administration Bush y est favorable. Qian Qichen se rendra le mois prochain aux Etats-Unis pour dissuader Washington d'intervenir dans «ses affaires intérieures».