Contesté dans la rue depuis plusieurs semaines, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a été renversé mardi par un coup d'Etat militaire après une mutinerie acclamée par des manifestants. Quelques heures après, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a annoncé, dans la nuit de mardi à mercredi, sa démission. «Je voudrais à ce moment précis, tout en remerciant le peuple malien de son accompagnement au long de ces longues années et la chaleur de son affection, vous dire ma décision de quitter mes fonctions, toutes mes fonctions, à partir de ce moment», a dit le président Keïta dans une allocution diffusée par la télévision nationale ORTM. «Et avec toutes les conséquences de droit: la dissolution de l'assemblée nationale et celle du gouvernement.»

Le président du pays sahélien, en proie à une grave crise politique, a été arrêté mardi par des militaires en révolte, dont des éléments ont ensuite fraternisé avec des manifestants qui réclament depuis des mois le départ du chef de l'Etat.

Il a expliqué n'avoir pas d'autre choix que de se soumettre à la volonté de son armée en révolte, évoquant les «manifestations diverses» qui depuis plusieurs mois ont réclamé son départ, faisant des victimes. «Si aujourd'hui, il a plu à certains éléments de nos forces armées de conclure que cela devait se terminer par leur intervention, ai-je réellement le choix? M'y soumettre, car je ne souhaite qu'aucun sang ne soit versé pour mon maintien aux affaires», a-t-il dit.

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Le premier ministre Boubou Cissé a également été arrêté. En quelques heures, la mutinerie qui a éclaté dans la matinée dans la garnison de Kati s'est muée en tentative de coup d'Etat, condamnée par la communauté internationale, et notamment la France, qui a déployé 5100 militaires au Sahel dans le cadre de l'opération antidjihadiste Barkhane.

Des élections générales dans un «délai raisonnable»

Les militaires ont affirmé, par la suite, vouloir mettre en place une «transition politique civile» devant conduire à des élections générales dans un «délai raisonnable».

«Nous, forces patriotiques regroupées au sein du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), avons décidé de prendre nos responsabilités devant le peuple et devant l'histoire», a déclaré sur la télévision publique ORTM le porte-parole des militaires, le colonel-major Ismaël Wagué, chef d'état-major adjoint de l'armée de l'air. Il a affirmé que tous les accords internationaux du Mali seront respectés.

L'Afrique de l'Ouest condamne le putsch et isole le pays

Auparavant, la Communauté des Etats ouest-africains a condamné le renversement du président malien Ibrahim Boubacar Keïta et de son premier ministre. La Cédéao «dénie catégoriquement toute forme de légitimité aux putschistes et exige le rétablissement immédiat de l'ordre constitutionnel», déclare le communiqué. Elle «exige la libération immédiate» du chef de l'Etat malien et «de tous les officiels arrêtés».

La Cédéao «suspend» le Mali de tous ses organes de décision «avec effet immédiat», a indiqué également l'organisation régionale. Et elle «décide de la fermeture de toutes les frontières terrestres et aériennes ainsi que l'arrêt de tous les flux et transactions économiques, commerciales et financières entre les (autres) pays membres de la Cédéao et le Mali», invitant «tous les partenaires à faire de même».

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Enfin, l'organisation ouest-africaine «demande la mise en oeuvre immédiate d'un ensemble de sanctions contre tous les putschistes et leurs partenaires et collaborateurs» et «décide de dépêcher une délégation de haut niveau pour assurer le retour immédiat de l'ordre constitutionnel», selon le communiqué.

Une visioconférence des chefs d'Etat de la Cédéao sur «la situation au Mali» se tiendra jeudi sous la présidence du président du Niger Mahamadou Issoufou, a par ailleurs annoncé la présidence nigérienne.