Auprès de l'opinion publique italienne, Silvio Berlusconi avait pratiquement réussi à faire oublier qu'il possède toujours le principal groupe de communication du pays, la plus grosse maison d'édition ou encore le club de football du Milan AC. Quatorze ans après l'entrée du Cavaliere dans l'arène politique, le Parti démocrate (PD) de Walter Veltroni continuait bien de vilipender, de temps en temps, le conflit d'intérêts de l'actuel chef du gouvernement mais sans grande véhémence, de peur de devoir justifier de son incapacité à régler le problème lorsque le centre gauche était au pouvoir entre 1996 et 2001 puis entre 2006 et 2007.

Cette fois, c'est l'irritation du magnat australien Rupert Murdoch qui a remis la question au centre des débats. Depuis lundi, la chaîne d'information de son bouquet satellitaire Sky diffuse un spot qui appelle les téléspectateurs à se mobiliser contre la mesure gouvernementale adoptée en Conseil des ministres. Dans le cadre d'un plan anti-crise, celle-ci prévoit le doublement de la TVA (de 10% à 20%) pour les abonnements aux télévisions satellitaires. Le texte qui devrait rapporter 210 millions d'euros aux caisses de l'Etat touche directement Sky. Avec ses 4,7 millions d'abonnées et ses 170 chaînes, le bouquet de Rupert Murdoch couvre plus de 90% du secteur. «Si le parlement ne bloque pas cette mesure, cette augmentation des taxes sur votre abonnement Sky entrera en vigueur le 1er janvier prochain», avertit ainsi le spot diffusé sur les écrans du bouquet satellitaire qui conclut: «Si vous pensez que la décision est une erreur, écrivez au secrétariat du président du Conseil.»

Depuis dimanche, les animateurs vedettes du groupe sont également mobilisés pour contester cette augmentation de 1,2 à 6 euros par mois selon le type d'abonnement. «Dans une période où tous les gouvernements du monde soutiennent la consommation, le gouvernement italien va dans le sens opposé», s'est insurgé Tom Mockridge, l'administrateur-délégué de Sky qui s'est interrogé: «Pourquoi les taxes augmentent-elles seulement pour la télévision à abonnement?» Sous-entendu, pourquoi la mesure ne frappe-t-elle pas les trois télévisions hertziennes de Mediaset, le groupe de communication du président du Conseil?

«Privilège supprimé»

«C'est toute l'anomalie de Berlusconi. La mesure double les charges fiscales pour la concurrence», a pointé Massimo D'Alema, l'un des responsables du PD. Silvio Berlusconi a bien tenté de se défendre en indiquant tout d'abord qu'il sera lui aussi pénalisé puisqu'il possède également des chaînes digitales (mais elles comptent pour moins de 6% du secteur). Puis en assurant que l'augmentation ne faisait que supprimer une faveur accordée autrefois par la gauche à Murdoch: «Nous avons supprimé ce privilège et imposé à Sky une TVA égale à celle des autres (ndlr: 20%).»

En réalité, la mesure avait été adoptée en 1995 par l'un de ses anciens ministres. Mais au-delà des polémiques politiciennes, Silvio Berlusconi a pris un gros risque en faisant passer ce projet de loi. Car cette fois, ce n'est pas la gauche qui dénonce de manière un peu abstraite le conflit d'intérêts mais un concurrent industriel avec, en cas d'adoption de la mesure, une augmentation du prix des films sur Sky ou des très populaires matchs du Calcio.