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Le scénario du «tous contre Macron» remplacera-t-il le «tout sauf Le Pen», alors qu’une semaine de duel frontal s’ouvre lundi?
© ERIC FEFERBERG / AFP PHOTO

France

Tous contre Macron: le scénario présidentiel qui fait peur

Jean-Luc Mélenchon ne votera pas pour Marine Le Pen. Nicolas Dupont-Aignan, lui, a annoncé son soutien à la candidate du Front National vendredi soir. Et si le piège se refermait sur Emmanuel Macron, de plus en plus contesté à droite comme à gauche ?

Emmanuel Macron, «mal-aimé» de la République? Alors que l’entre-deux-tours devrait permettre au candidat d’En Marche! de rassembler le pays, comme le promet sa nouvelle affiche «Ensemble, la France!», le scénario de la division et du rejet de sa candidature s’installe dangereusement. A droite, c'est l'inverse: ce samedi matin, Nicolas Dupont-Aignan annonce son ralliement à Marine Le Pen.

Retrouvez notre dossier consacré à l’élection présidentielle française.

Attisée dès le soir du premier tour, la campagne anti-Macron a en particulier subi vendredi un coup d’accélérateur signé Jean-Luc Mélenchon. Le leader de La France insoumise, furieux d’avoir raté la qualification au second tour pour moins de 700 000 voix derrière Marine Le Pen, a de nouveau vilipendé le projet présidentiel de l’ancien ministre de l’Economie… tout en déclarant haut et fort qu’il ne donnerait pas sa voix au Front national.

Lire aussi: Jean-Luc Mélenchon refuse de donner une consigne de vote

Pour Mélenchon, les législatives en ligne de mire

«On veut nous tordre le bras […] On nous demande de choisir entre l’extrême finance et l’extrême droite, de se prononcer pour ces deux personnages qui, l’un comme l’autre, portent un projet de division», a-t-il asséné sur sa chaîne YouTube, ironisant sur ce candidat «qui a fait les grandes écoles et qui dupe les gens en se présentant comme un ami de leur portefeuille». Jean-Luc Mélenchon – qui avait appelé à voter Chirac contre Jean-Marie Le Pen en 2002 – laisse donc cette fois planer le doute. Ses proches affirment qu'il votera Macron sans le dire. Mais son vote blanc le 7 mai n'est pas exclu. Un dernier choix préconisé, dans l’après-midi, par le candidat centriste Jean Lassalle (1,21% des voix).

L’attaque mélenchoniste n’a rien de surprenant. Après avoir terrassé Benoît Hamon (19,58% contre 6,36% des voix), le porte-parole de la gauche radicale vise les législatives pour lesquelles son mouvement présentera des candidats dans les 577 circonscriptions. Avec pour objectif de se qualifier en finale dans les 431 où son score a dépassé dimanche les 12,5% requis pour le maintien au second tour.

Mélenchon a commis une faute morale. Il ne peut pas ignorer que la haine anti-Macron est en train de s’emparer des médias sociaux. Il souffle sur les braises

Beaucoup plus problématique est son refus de donner une consigne de vote, tandis que la consultation par internet de ses sympathisants doit s’achever mardi. «Mélenchon a commis une faute morale. Il ne peut pas ignorer que la haine anti-Macron est en train de s’emparer des médias sociaux. Il souffle sur les braises», se désole un cadre du PS, qui a appelé à voter pour l’ancien conseiller de François Hollande.

Idem pour l’ancien gauchiste Gabriel Cohn-Bendit, frère de Dany, l’ex-leader de mai 1968 pro-Macron: «Je suis indigné par ce déferlement de haine, explique-t-il. Quand je pense que les socialistes ont pleuré, fin mars, pour le décès d’Henri Emmanuelli qui fut, avant son entrée au parti, directeur de la banque Rothschild…»

«Macron vendu», «Macron marionnette»

Cette haine, l’équipe d’En Marche! la scrute depuis l’annonce de la victoire de son candidat, arrivé en tête avec 24,01%. Au QG parisien de la rue de l’Abbé-Groult, la cellule numérique dirigée par Mounir Mahjoubi liste les attaques. Vendredi, un site web sioniste a accusé l’ancien ministre d’avoir la «haine d’Israël» parce que l’un de ses bras droits, le député PS breton Richard Ferrand, a soutenu une association pro-palestinienne.

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Autre exemple: la large diffusion sur les sites de la «fachosphère» et de l’extrême gauche d’une vidéo présentant le candidat comme un «banquier pourri et une enflure bancaire». «Macron vendu», «Macron marionnette», «Macron menteur»… les accusations insultantes pleuvent.

Beaucoup de petits patrons de PME sont persuadés qu’ils seront les dindons de la farce Macron

Alors qu’une partie de la droite traditionnelle joue le «ni-ni», le milieu des entrepreneurs est aussi contaminé. «Beaucoup de petits patrons de PME sont persuadés qu’ils seront les dindons de la farce Macron, s’alarme un membre du Medef, le mouvement du patronat français dont le président, Pierre Gattaz, a choisi de soutenir l’ex-ministre pro-business. Ils craignent le triomphe de la finance, l’influence des grands patrons du CAC 40, la manipulation démocratique.»

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Explication? «On oublie trop la puissance du président en France. Celui-ci a toutes les clefs du pouvoir en main. Beaucoup craignent de tout perdre avec un futur chef de l’Etat de 39 ans qui fera le ménage autour de lui. Une nouvelle cour s’installera à l’Elysée…»

S’il remporte le scrutin par une trop faible marge, le début de son mandat sera empoisonné.

Le scénario du «tous contre Macron» remplacera-t-il le «tout sauf Le Pen», alors qu’une semaine de duel frontal s’ouvre lundi? Le FN fêtera comme d’habitude le 1er mai, entre défilé traditionaliste de Jean-Marie Le Pen et meeting de sa fille à Villepinte. Emmanuel Macron ripostera, lui, par un rassemblement à La Villette… là où François Fillon avait tenté de galvaniser ses troupes après l’explosion du «Penelopegate». Le débat télévisé du 3 mai suivra. «Macron l’a emporté seul et beaucoup ne lui pardonnent pas. Les médias brûlent comme toujours ce qu’ils ont adoré…» pronostiquait dimanche l’ex-juge Eric Halphen, rallié à En Marche!.

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L’empressement du candidat à célébrer sa victoire au restaurant La Rotonde et l’impression partagée par beaucoup d’observateurs d’un entourage macronien «de plus en plus arrogant» ont fait le reste. «La jalousie et la haine vont de pair, analyse, placide, un ancien collègue élyséen du candidat. S’il remporte le scrutin par une trop faible marge, le début de son mandat sera empoisonné.»


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