Droit humanitaire

«Les Conventions de Genève sont plus pertinentes que jamais»

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) marque les 70 ans des traités devenus la base du droit humanitaire dans le monde

Il y a 70 ans jour pour jour, le 12 août 1949, étaient signées à Genève, à l’initiative du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), quatre textes régissant les droits fondamentaux des populations civiles, des prisonniers et des blessés à être traités dignement pendant les conflits armés. Pour Helen Durham, directrice du droit international et des politiques au CICR, des efforts sont encore à faire pour voir une application pleine et entière de ces principes fondamentaux.

70 ans après leur création, quel regard portez-vous sur les Conventions de Genève?

Helen Durham: Les principes établis par les Conventions sont devenus plus pertinents que jamais. La protection des civils vivant dans les zones de conflit et le regroupement des familles dispersées sont des problèmes d’actualité. Les Conventions restent toutefois un grand succès, l’un des accomplissements majeurs depuis la Seconde Guerre mondiale. Les Genevois et la Suisse devraient être fiers d’être associés à leur création.

Le sort réservé aux populations dans les conflits armés s’est-il amélioré depuis la mise en place des traités?

C’est difficile à dire. Je ne sais pas si la situation en Syrie est meilleure que l’était celle au Rwanda [dans les années 1990]. Nous ne voulons pas créer une hiérarchie. Mais le public est beaucoup plus au courant des souffrances vécues. Les gens s’en indignent et c’est très positif. Grâce aux médias, aussi. Pour autant, nous ne devons pas tomber dans le piège de penser que le droit est devenu inutile, dépassé. Les Conventions de Genève ne sont pas toujours appliquées, en effet. Mais je dis souvent: montrez-moi une loi qui marche tout le temps. Le droit ne révolutionne pas les comportements humains, c’est seulement un cadre qui nous aide à travailler.

Il y a aussi les cas dans lesquels le droit est respecté et qui n’apparaissent pas dans les médias. Par exemple, la démobilisation de milliers d’enfants soldats dans des pays comme la Colombie. Ou le fait que l’on fournisse de l’eau potable à 16 millions de personnes en Syrie. L’année dernière, nous avons aussi rendu visite à plus d’un million de personnes en prison et envoyé des messages aux familles. Ce sont tous des exemples concrets de l’application du droit. Mais ce n’est pas très intéressant pour les médias. Une bonne nouvelle n’est pas vraiment une nouvelle. Il faut donc qu’on concentre notre capacité à s’indigner là où ça ne va vraiment pas car, lorsque cette prise de conscience se fait, cela a un énorme impact.

Les Conventions font partie des rares textes internationaux signés par tous les pays du monde. Pourtant, dans la plupart des conflits récents, de la Syrie au Yémen, en passant par l’Ukraine, les violations sont récurrentes…

La ratification n’est qu’une première étape. Les Etats doivent ensuite l’inscrire dans leur législation nationale, puis prendre des décisions politiques qui vont dans le même sens. Le droit ne doit pas rester abstrait. Nous travaillons dur avec les gouvernements pour les aider à mettre en place toute cette législation. Les règles doivent être comprises par tout le monde, des politiciens aux juges, en passant par les militaires. Nous avons avec nous environ 150 anciens officiers qui transmettent des messages responsabilisants tels que: les détenus vivent-ils dans des conditions acceptables? Quel type d’arme peut être employé?

Nous ne sommes pas naïfs. Au contraire, nous sommes très clairs sur les problèmes. Des hôpitaux sont bombardés en Syrie, au Yémen. Des civils sont visés. Il y a encore trop de pays où le droit humanitaire n’est pas respecté et cela nous inquiète.

Comment le CICR fait-il face aux nouvelles formes de guerre technologique?

Nous réfléchissons de façon très pragmatique, en scrutant d’abord les conséquences humanitaires, par exemple en cas de cyberattaque. L’important est de garder l’humain comme centre d’intérêt et de définir la place à accorder aux machines. Nous avons des experts qui échangent dans tous les domaines concernés par la guerre moderne. Le but est de fournir des informations pertinentes à nos délégués, sur le terrain, pour qu’ils soient opérationnels.

Les Conventions de Genève ne devraient-elles pas être adaptées à notre époque en évolution rapide?

Si toutes les parties impliquées dans les conflits se conformaient aux lois qui existent déjà, la situation serait bien meilleure. Ensuite, en dehors des principes fondamentaux, plus importants que jamais, de nombreux autres traités ont été ajoutés au fil du temps, notamment concernant les armes, un domaine qui évolue vite. Il ne me semble pas pour l’instant qu’il y ait un réel besoin de réviser le droit humanitaire mais plutôt, encore une fois, de le faire appliquer correctement et partout.

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