Etats-Unis

La conviction morale d’Obama pour fermer Guantanamo ne suffira pas

Le président américain a remis au Congrès un plan de fermeture de la prison de Guantanamo sur l’île de Cuba. Vu le contexte politique survolté à l’approche des élections américaines, il a peu de chance d’obtenir l’aval d’un Congrès plus obstructionniste que jamais

Tel un Sisyphe, Barack Obama a mené mardi une ultime offensive pour tenter de fermer la prison de Guantanamo sur la base navale américaine à l’est de Cuba. Le président a soumis au Congrès un plan pour «fermer un chapitre de notre histoire». Il en va des «leçons tirées depuis les attentats du 11 septembre 2001» aux Etats-Unis. Le centre de détention où croupissent encore 91 prisonniers reste le symbole des excès de la guerre contre le terrorisme. La torture y a été pratiquée avant 2009. Fermer Gitmo est, pour Barack Obama, un impératif moral, sécuritaire et économique.

Guantanamo est «le goulag de notre époque», selon Amnesty International, un trou noir juridique peu digne d’un pays qui a fait de l’État de droit l’une des pierres angulaires de son fonctionnement. De plus, la commission militaire censée juger les cinq détenus en lien avec les attentats du 11 septembre 2001, dont le cerveau autoproclamé Khaled Cheikh Mohammed, est un fiasco. Les avocats de la défense sont persuadés qu’il n’y aura pas de procès avant 2020 et n’excluent pas le fait qu’il n’y en ait jamais. Le maintien de la prison, ouverte en janvier 2002, est un outil de recrutement pour les djihadistes. Enfin, le centre de détention coûte cher: jusqu’à 450 millions de dollars. On estime le coût de détention à Guantanamo trente fois supérieur à celui que l’État fédéral devrait assumer s’il gardait ces détenus dans une prison hautement sécurisée sur sol américain.

L’administration démocrate a déjà transféré près de 150 détenus dans un pays tiers ou leur pays d’origine et trente-cinq autres devraient l’être d’ici à janvier prochain. Avec son nouveau plan, elle entend rapatrier sur sol américain entre trente et soixante détenus jugés trop dangereux. Treize sites ont été identifiés pour les accueillir, trois en particulier dans le Colorado, au Kansas et en Caroline du Sud.

L’énergie et la conviction personnelle de Barack Obama ne suffiront toutefois pas. Politiquement, la fermeture de Guantanamo est une impossibilité. Le Congrès, dominé par les républicains, a voté une loi interdisant tout transfert de prisonniers sur sol américain. Il ne reviendra pas en arrière. Face à une menace terroriste accrue en lien avec le groupe Etat islamique, l’opinion publique américaine est animée par la peur. En pleine campagne électorale pour la course à la Maison-Blanche et au Congrès, aucun républicain et peu de démocrates sont prêts à soutenir un tel plan. Les candidats à l’investiture républicaine Donald Trump, Ted Cruz et Marco Rubio disent déjà vouloir maintenir la prison, voire l’agrandir. Sénateur d’Arkansas et ex-militaire, Tom Cotton est l’incarnation extrême du front du refus: «Les derniers détenus peuvent pourrir en enfer. En attendant, ils peuvent pourrir à Guantanamo Bay.»

En 2009, quand Barack Obama annonça sa volonté de fermer la prison, le sénateur républicain John McCain semblait disposer à en discuter. Aujourd’hui, il a retourné sa veste, estimant que le président a «raté sa chance de convaincre le Congrès et les Américains qu’il avait un projet responsable». Or, a expliqué Barack Obama, son prédécesseur George W. Bush avait plaidé lui aussi, à la fin de sa présidence, en faveur d’une fermeture de Guantanamo après avoir vidé la prison de la majorité de ses 800 occupants.

Pour Barack Obama, il reste une dernière option: le décret présidentiel. Dans un contexte politique aussi survolté, c’est l’équivalent de l’arme atomique. Au sein de l’administration, on n’est pas convaincu qu’une telle mesure résisterait à l’examen de la Cour suprême.

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