Syrie

Convoi humanitaire bombardé: le rétropédalage de l’ONU

Des images satellite montreraient que le convoi humanitaire a été visé par une frappe aérienne, ce qui désignerait Damas ou Moscou. Mais, finalement, l’ONU n’en est plus si sûre

Le convoi humanitaire détruit le 19 septembre dernier non loin d’Alep a-t-il été la cible d’une frappe aérienne? Mercredi matin, l’ONU répondait sans détour par l’affirmative. En fin de journée, elle n’était plus si sûre. Si le convoi a été visé depuis les airs, cela désigne le régime syrien ou son allié russe. Les rebelles ne disposent ni d’avions, ni d’hélicoptères. L’attaque avait précipité la reprise des combats, après une trêve d’une semaine.

«Nous avons vu une image satellite qui montrait clairement les dégâts causés. En l’analysant, nous avons déterminé qu’il s’agissait bien d’une frappe aérienne», a lâché Lars Bromley, un analyste d’ONUSAT, le programme des Nations unies chargé de fournir des images satellites pour orienter les humanitaires.

Bombardement aérien

L’ONUSAT n’a pas dévoilé de clichés d’Urem al-Kubra, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Alep, là où les camions de l’ONU étaient en train de décharger des vivres dans les entrepôts du Croissant-Rouge. Au moins 21 volontaires avaient été tués. Selon l’analyste de l’ONUSAT, la taille et la forme des cratères observés à Urem al-Kubra ne peut être que causé par une bombe lâchée du ciel.

Lire: «Convoi humanitaire détruit en Syrie: le choc et l’effroi»

Lars Bromley répondait à une question d’un journaliste lors d’un point de presse. L’agence onusienne n’avait apparemment pas prévu d’aborder l’attaque du convoi mais de se concentrer sur destructions dans la ville assiégée d’Alep ou le saccage des sites archéologiques en Syrie et en Irak par l’Etat islamique. Dans, l’après-midi, l’embarras était palpable au siège de l’ONUSAT hébergé par le CERN à Genève. On se refusait à tout commentaire, se retranchant derrière le fait que le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon vient de lancer une enquête sur ce bombardement. Au siège des Nations unies, à New York, on s’est toujours montré très prudent sur les responsabilités d’un probable crime de guerre.

Après le point presse, devant les caméras de la chaîne de l’ONU, le directeur de l’ONUSAT atténuait déjà les propos de son collaborateur. «Les images que nous avons vues montrent le hangar dévasté. De nombreux camions avec leurs remorques y étaient stationnés et ils ont été complètement détruits. Il y a des indications qui font penser à une frappe aérienne mais notre conclusion n’est pas définitive», expliquait Einar Bjorgo.

Les Russes accusent les rebelles

Les Russes, qui jouent un rôle majeur dans l’offensive contre les derniers quartiers rebelles d’Alep, disent avoir mené leur propre enquête. Ses résultats ont été partagés à Genève avec les diplomates des pays impliqués dans la résolution du conflit syrien. «Si le site avait été bombardé des airs, les camions calcinés, que l’on voit sur les photos, auraient été renversés», insiste une source diplomatique russe. Moscou accuse le Front Al-Nosra, affilié à Al-Qaida, d’avoir attaqué le convoi à la roquette.

«La Russie collabore avec l’ONU pour faire parvenir de l’aide humanitaire aux Syriens. Les coordonnées des convois sont partagées avec les militaires russes. Quel intérêt aurions-nous à les bombarder?», poursuit cette source. Moscou assure que sans les officiers russes présents aux checkpoints les rares convois qui se rendent dans les zones assiégées par le régime de Bachar el-Assad ne passeraient jamais. Les habitants des quartiers rebelles d’Alep, eux, n’ont rien reçu depuis des mois, à part des bombes, même si l’armée syrienne a promis mercredi de diminuer ses bombardements.

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