COP21

COP21: comment les Etats-Unis ont pesé sur les négociations

Le texte final répond à la volonté de Barack Obama d’imposer son agenda climatique tout en évitant le Congrès

Il n’a été physiquement à Paris que quelques jours au début de la conférence sur le climat (COP21). Barack Obama a pourtant fortement pesé sur les négociations. Il était en contact téléphonique régulier avec François Hollande, Xi Jinping, Nanendra Modi ou encore Dilma Rousseff. L’infatigable secrétaire d’Etat John Kerry l’a reconnu: pour le président américain, la lutte contre le changement climatique est devenue une affaire personnelle.

De fait, si l’accord représente une victoire de la diplomatie française, il porte aussi une forte empreinte américaine. A Paris, la Maison-Blanche a insisté pour que le texte de l’accord ne soit pas globalement contraignant, mais qu’il contienne des clauses obligatoires. Motif: pour Barack Obama, il était impératif de trouver une formulation qui ne fasse pas du document final un traité. Celui-ci ne serait jamais ratifié par un Congrès dominé par des républicains davantage prompts à s’opposer coûte que coûte à la Maison-Blanche, à défendre les lobbies du gaz et du pétrole qu’à contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique. Elle a eu gain de cause. Washington a obtenu que l’accord ne rende pas obligatoires des objectifs précis de réduction des émissions de CO2, ni les questions du financement de la lutte contre le changement climatique.

Succès diplomatique majeur

Pour Barack Obama, l’accord de Paris est un succès diplomatique majeur, même s’il admet lui-même que ce n’est qu’un premier pas. Depuis 2013, le président américain a fait de la question climatique une priorité absolue de son second mandat. Pour réussir, il a tiré les leçons de l’échec de Copenhague en 2009. Selon son ex-conseiller pour le climat John Podesta, il n’aurait jamais pu obtenir un tel succès sans prendre des mesures crédibles aux Etats-Unis même pour prouver la volonté de Washington d’agir sérieusement en faveur du climat. L’équipe de négociations américaine a pu s’appuyer sur cette crédibilité nouvelle. Le Clean Power Plan présenté en août dernier par Barack Obama est une pièce centrale de sa politique climatique bien qu’il soit attaqué en justice par vingt-sept Etats. Il prévoit que les émissions de CO2 des centrales à charbon du pays seront réduites de 32% d’ici à 2030 par rapport à leur niveau de 2005. A l’échelle des Etats-Unis, plus grand pollueur de la planète derrière la Chine, ce fut une petite révolution. Plus tôt, Barack Obama avait profité du sauvetage de l’industrie automobile en 2009 pour lui imposer des normes environnementales plus strictes auxquelles le constructeur allemand Volkswagen a manifestement eu du mal à se conformer. Il y a quelques semaines, il a refusé la construction de l’oléoduc Keystone XL censé transporter du pétrole des sables bitumineux canadiens jusqu’en Louisiane.

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Le changement de paradigme, estime John Kerry, fut la création d’un tandem inédit sur le climat constitué de la Chine et des Etats-Unis. «Ce fut un bouleversement.» Barack Obama s’est investi personnellement pour traiter avec Pékin. L’accord sino-américain de novembre 2014 fut un «game changer», un tournant.

Quand le président démocrate s’est rendu en Alaska en septembre, les commentateurs avaient été prompts à condamner son hypocrisie. A peu près au même moment, il n’opposait pas son veto à une concession d’exploration de Shell en Arctique achetée plus de 2 milliards de dollars sous George W. Bush. Quelques jours plus tard, Shell abandonnait elle-même son aventure en Arctique. Trop chère. L’exemple illustre la méthode Obama: réalisme et pragmatisme. A ses yeux, un accord obligatoire sur toute la ligne n’aurait pas obtenu l’aval de tous les participants à la COP21. Outre-Atlantique, il n’essaie même pas d’introduire une taxe carbone, le Congrès rendant une telle perspective pour l’heure impossible. Par rapport à l’industrie du pétrole et du gaz, il n’a pas empêché l’avènement de la révolution énergique rendue possible grâce à l’hydrofracturation. Par pragmatisme davantage que par conviction. Mais ses opposants continuent de le voir comme le président le plus «anti-Big Oil» (grandes sociétés pétrolières) que l’Amérique ait connu.

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