CLIMAT

A la COP21, de grandes questions toujours en suspens

A deux jours de la fin prévue des négociations, un nouveau brouillon de l’accord climatique a été publié mercredi à Paris. Il comprend des avancées, mais les principaux points de discorde subsistent

Une étape supplémentaire vient d’être franchie à Paris en vue de l’élaboration d’un accord climatique international. La présidence française de la COP21 a repris la main sur les négociations mercredi en présentant une nouvelle ébauche du futur accord, élaborée à partir des travaux des négociateurs et de ceux des ministres. «Nous avons progressé, mais il reste encore beaucoup de travail», a reconnu le ministre français Laurent Fabius, qui préside la conférence climatique COP21. Si de réelles avancées ont bien été enregistrées ces derniers jours, les plus importantes questions politiques restent à trancher.

Après une première semaine de négociations dévolue aux délégués des 195 pays présents à Paris, ce sont les ministres qui ont repris les discussions ces derniers jours à la COP21. Afin de faciliter leurs travaux, plusieurs groupes de travail portant sur des thèmes centraux des négociations et dirigés par des ministres «co-facilitateurs» ont été mis sur pied. Parmi les sujets principaux: la différenciation, soit la différence de traitement entre pays développés et en développement; le financement et les transferts de technologie; l’ambition de l’accord; et enfin les actions à prendre avant 2020, date d’entrée en vigueur de l’accord. La conseillère fédérale Doris Leuthard a pour sa part été chargée de faciliter les discussions sur le thème des forêts, en collaboration avec les ministres congolais Henri Djombo et équatorien Daniel Ortega.

Compromis naissants

Le nouveau brouillon d’accord rendu public aujourd’hui met en commun les travaux issus de ces divers groupes thématiques et le texte élaboré par les délégués la semaine précédente. Ramené à 29 pages contre 45 pour l’ancien brouillon, le nouveau texte a aussi été nettoyé des trois quarts de ses crochets, c’est-à-dire de formulations provisoires. «Le texte s’efforce de refléter aussi fidèlement que possible les compromis naissants, a déclaré Laurent Fabius. L’objectif est de disposer d’une vision d’ensemble de l’accord afin de pouvoir se concentrer sur les questions ouvertes.»

Le résultat, c’est un texte effectivement plus lisible, en tout cas certains paragraphes. Les progrès les plus substantiels ont été obtenus sur l’adaptation aux changements climatique et sur le suivi des engagements des Etats. Le préambule de l’accord et le paragraphe sur les forêts semblent également en passe d’aboutir. «C’est encourageant de voir un texte plus clair qui comprend moins de crochets du fait des accords trouvés notamment sur le transfert de technologies et le renforcement des capacités. Cependant, certains thèmes politiques centraux ne sont toujours pas tranchés, comme l’objectif à long terme, le processus de révision des engagements des Etats, la transparence et les finances», explique Alden Meyer, de l’organisation Union of Concerned Scientists.

Cible ambitieuse

Le nouveau brouillon ne précise toujours pas la température maximale à maintenir à la fin du siècle, par rapport à l’ère préindustrielle: ce sera 2°C ou 1,5°C. Le fait que le chiffre de 1,5°C apparaisse toujours dans le brouillon paraît positif, car cette cible plus ambitieuse était réclamée par les Etats insulaires particulièrement menacés par le réchauffement. Mais 1,5 ou 2°C, cela ne signifie pas grand-chose, pour le philosophe de l’Université de Lausanne Dominique Bourg, également vice-président de la Fondation Nicolas Hulot: «Les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre pris jusqu’aujourd’hui par les Etats nous mènent plutôt vers un réchauffement de 3°C. L’objectif de 1,5°C est totalement irréaliste en l’état. C’est pourquoi il est indispensable que l’accord de Paris contraigne les pays à revoir leurs engagements à intervalle régulier, et cela avant l’entrée en vigueur du texte en 2020.»

Ce processus de révision figure bien dans le brouillon actuel, mais il n’est pas garanti qu’il soit conservé dans l’accord final. De la même manière, l’objectif à long terme d’aboutir à zero émission de gaz à effet de serre d’ici la fin du siècle peut encore disparaître au cours des prochaines discussions… «Le nouveau brouillon comprend les éléments de langage nécessaires pour donner à l’accord une ambition raisonnable, mais ces éléments figurent entre crochets» et sont donc provisoires, souligne Teresa Ribeiro, la directrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales Iddri.

Aide américaine doublée

L’autre sujet de friction important demeure celui des finances. De nombreux pays en développement ont fait du soutien financer des pays développés une condition sine qua non de leur participation à la lutte contre le réchauffement. Mais qui doit payer? Les pays industrialisés traditionnels – la Suisse notamment – aimeraient que des pays émergents qui disposent de moyens suffisants, comme la Corée du Sud ou le Brésil, deviennent donateurs. Reste à savoir si cette idée passera dans le texte final. Une avancée concrète sur le thème du financement a toutefois été obtenue mercredi à Paris avec l’annonce de John Kerry, le secrétaire d’État américain, d’un doublement de l’aide américaine en faveur de l’adaptation des pays pauvres aux changements climatiques, d’ici à 2020.

Une question transversale continue enfin d’envenimer les discussions: celle de la différence de traitement entre les pays développés – considérés comme historiquement responsables du réchauffement de la planète – et les pays en développement. «Il n’est pas encore clair si tous les pays seront soumis aux mêmes règles, notamment en matière de transparence dans la tenue des engagements», relève Teresa Ribeiro.

Devant ces lignes de faille persistantes, les ONG exhortent les ministres à passer à la vitesse supérieure. Quant à Laurent Fabius, il a appelé les représentants des Etats à se retrouver mercredi soir en séance plénière pour partager leurs vues du nouveau texte. «Il faut nous préparer à avancer cette nuit et demain en vue de l’adoption de l’accord dans les délais fixés», a-t-il déjà souligné. A quarante huit heures de la fin prévue des travaux, les négociations climatiques de Paris s’apparentent de plus en plus à une course contre la montre.

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