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Copé, Fillon… «Le pouvoir est une maladie mentale»

Comment faire du neuf avec du vieux? Depuis neuf jours que l’UMP se déchire, les journaux tentent du mieux qu’ils peuvent de suivre le sort de ce qui devrait être le principal parti d’opposition en France. Pas facile de sortir des invectives et noms d’oiseaux

Quelle histoire! «On n’a jamais vu pareille violence, si longtemps, c’est totalement inédit.» L’abasourdissement tellement audible du politologue Pascal Perrineau lundi soir sur France Inter en disait aussi long que les centaines d’articles publiés depuis une semaine sur le duel au sommet à l’UMP: l’affrontement entre François Fillon et Jean-François Copé prend des allures de lutte fratricide, aux ressorts intimes, d’une violence rarement aussi exposée publiquement.

Le Figaro tape ainsi au plus juste en donnant la parole à des spécialistes de la psyché, comme Jean-Pierre Friedman, l’auteur de Du Pouvoir et des Hommes (Ed. Michalon), pour qui «le pouvoir est une maladie mentale»: «La guerre actuelle à l’UMP en est une nouvelle illustration, déplore-t-il. Nous ne sommes plus à l’époque du poison et des coups de poignard, mais on voit là que les ressorts sont les mêmes. Deux hommes, issus de la même famille, veulent à tout prix le pouvoir et leur pulsion a pris le dessus sur leur intelligence.»

Un autre psychanalyste, Michel Schneider, évoque «une bataille attristante entre deux ego, deux personnages mus par le cerveau reptilien et non par la pensée rationnelle, pensant avec leur nombril – pour ne pas dire plus bas. Tout cela est très régressif.» Il pointe aussi «la blessure narcissique de François Fillon, qui pensait gagner l’élection», mais à qui la victoire échappe à quelques voix près, et «qui ne parvient pas à lâcher prise».

Le théâtre cathartique

Enfin, l’anthropologue et psychanalyste Olivier Douville, lui, identifie «un affrontement entre deux fils qui se réclament du même père». «Fillon est le grand frère qui dit à la France: «Je suis légitime», et place Copé en position d’allégeance. Copé, lui, veut faire comme Nicolas Sarkozy, mais cette méthode ne marche pas.» Diable. La politique est, aussi, un grand théâtre cathartique…

D’ailleurs, sans recourir aux mêmes exégèses, les Français aussi ont bien compris qu’il s’agissait d’une bataille d’hommes. «2/3 des Français analysent le chaos à l’UMP comme des rivalités de personnes et non comme une lutte idéologique, raconte un expert de l’IFOP sur Atlantico. C’est plutôt intéressant car de nombreux acteurs politiques, des observateurs ont parlé d’une fracture politique, or ce n’est pas du tout comme cela que le perçoivent les Français. Là se trouve donc peut-être un élément d’explication du décalage perçu dans d’autres enquêtes entre l’investissement médiatique autour de cette affaire, avec notamment le rôle des chaînes en continu qui ont surcouvert ces événements, et l’intérêt des citoyens qui est bien moindre. Il y a une forme de lassitude et d’indifférence du grand public. Les Français perçoivent ce chaos à l’UMP comme une énième péripétie d’une rivalité de personnes.»

Lassitude, indifférence? Les articles publiés sur le Web sont pourtant tous énormément commentés, à raison de centaines, de milliers de commentaires parfois. Et ce qui est bien avec ce conflit qui n’en finit pas, c’est qu’il laisse le temps aux médias de peaufiner leurs travaux. Ainsi, c’est par une infographie instructive et amusante que Rue 89 revient sur le fonctionnement idéologique du «redésigné» président de l’UMP, «Dans la tête de Jean-François Copé»: on y voit son visage découpé en plusieurs tranches: Judéité (pour une de ses proches: «Un problème à contourner, à régler avant la présidentielle de 2017»); Chirac («dont il a le côté humain»), de Gaulle, la patrie, la télé («il a l’habitude de ne refuser aucune invitation radio ou télé. Quand on ne l’invite pas, ça le rend malade»), et… Sarkozy.

De la même façon, Slate.fr a concocté «Quand tu es de droite», un feuilleton en Gif, ces très courts extraits de films ou séries télévisées, dont les légendes détournées sont souvent un régal. Exemples: «Quand tu apprends la victoire de Copé pour la troisième fois» – et le Gif montre un homme en pyjama tapant sur son radio-réveil, l’air incrédule et pas content. «Quand tu es militant UMP et que tu apprends que Juppé va mettre un peu d’ordre» s’illustre avec un extrait de 2001, L’Odyssée de l’espace – le film de Kubrick –, où les singes du début de notre civilisation dansent de vénération autour du monolithe noir… Je vous laisse deviner ce qui accompagne «Quand deux copéistes rencontrent un filloniste dans la rue». Bon à savoir: le feuilleton est ouvert aux internautes…

Mais c’est bien parce que sur le fond tout semble bloqué, que ces jeux sont possibles. Personne ne se hasarde à pronostiquer qui aura gagné à la fin de la récréation. Même si de grandes tendances existent. «Fillon, considéré comme la «victime», s’en sort mieux, explique Le Monde . C’est incontestablement l’image de M. Copé qui est la plus écornée.» Le quotidien s’appuie sur une enquête – pour les instituts de sondage, c’est Noël avant l’heure, la crise de l’UMP: «Seulement 7% des Français estiment qu’il a eu raison de revendiquer la victoire, selon l’IFOP, alors qu’ils sont deux fois plus nombreux à penser que M. Fillon a bien fait de revendiquer la sienne.»

Le mistigri de la division

«Si Fillon s’en sort moins mal pour l’instant, cela tient au fait que le grand public le considère comme la victime», explique un autre expert de CSA. Pourtant, s’il «s’engage dans un processus de scission, il risque de porter le mistigri de la division, lui dont l’un des principaux atouts aux yeux de l’opinion était précisément d’apparaître comme le plus à même de rassembler la droite», observe un troisième «sondologue».

L’annonce de la création de son groupe parlementaire «Rassemblement UMP» à l’Assemblée nationale ce mardi matin va bien sûr dans le sens de ce processus de scission. Sur Twitter, ce commentaire lapidaire: «Faire scission en appelant Rassemblement, c’est un classique mais tjs aussi drôle.» Le feuilleton continue.

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