La Corée du Nord a fait voler en éclat mardi le bureau de liaison intercoréen situé sur son territoire, a annoncé le gouvernement sud-coréen, faisant ainsi monter les tensions sur la péninsule après des semaines d'attaques verbales incessantes du Nord contre le Sud. «La Corée du Nord a fait exploser le bureau de liaison de Kaesong à 14h49» (8h49 suisse), a annoncé dans un communiqué le porte-parole du ministère en charge des relations entre les deux Corées.

Quelques minutes avant cette annonce, l'agence de presse sud-coréenne Yonhap avait fait état d'une explosion et d'une fumée au niveau de la zone industrielle conjointe située dans la ville de Kaeson. C'est dans ce site qu'a été ouvert, il y a moins de deux ans, un bureau de liaison transfrontalier.

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Des menaces de Kim Yo-jong

Cette destruction survient après des menaces proférées ce week-end par Kim Yo-jong, la puissante sœur cadette du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. «Dans peu de temps, l'inutile bureau de liaison entre le Nord et le Sud sera complètement détruit au cours d'une scène tragique», avait-elle mis en garde.

Certains experts estiment que Pyongyang cherche à provoquer une crise avec Séoul au moment où les négociations sur le nucléaire avec Washington sont à l'arrêt.

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La guerre des tracts

Depuis le début du mois, Pyongyang a multiplié les attaques au vitriol contre son voisin, notamment contre les transfuges nord-coréens qui, depuis le Sud, envoient au Nord des tracts de propagande par-delà la Zone démilitarisée. Et la semaine dernière, le régime nord-coréen a annoncé la fermeture de ses canaux de communication politique et militaire avec l'«ennemi» sud-coréen.

Les tracts, qui sont souvent accrochés à des ballons qui s'envolent jusqu'au territoire nord-coréen, ou insérés dans des bouteilles lancées dans le fleuve frontalier, contiennent généralement des critiques du bilan de Kim Jong-un en matières de droits de l'Homme, ou de ses ambitions nucléaires.

Pour Cheong Seong-chang, directeur du Centre pour les études nord-coréennes à l'Institut Sejong de Séoul, «la Corée du Nord est frustrée par le fait que le Sud n'ait pas proposé un plan alternatif pour relancer les pourparlers entre les Etats-Unis et le Nord, la laissant seule créer un climat propice à leur relance. Elle en a conclu que le Sud a échoué en tant que médiateur dans le processus.»


Un bureau qui avait une force symbolique

Le bureau de liaison intercoréen avait été ouvert en septembre 2018, en application d'un accord conclu cinq mois plus tôt lors du premier sommet entre le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et le président sud-coréen Moon Jae-in.

Cette institution avait ses quartiers dans un bâtiment de quatre étages dans une zone industrielle de la ville nord-coréenne de Kaesong, où des entreprises sud-coréennes employaient naguère des Nord-Coréens dont les salaires étaient versés aux autorités du Nord. Il s'agissait du premier instrument physique permanent de communication ouvert entre Nord et Sud. Il abritait des représentants des deux parties, afin de permettre des face-à-face à tout moment.

Une vingtaine de personnes

Les Sud-Coréens en occupaient le deuxième étage et les Nord-Coréens le quatrième. Les rencontres avaient lieu au troisième. Une vingtaine de fonctionnaires des deux pays étaient basés dans cet immeuble, chaque groupe dirigé par un responsable avec rang de vice-ministre.

Il avait été ouvert dans le contexte de l'extraordinaire détente apparue en 2018 sur la péninsule, alors que les deux présidents se préparaient à se rencontrer pour la troisième fois. On était en septembre 2018, trois mois après le sommet historique entre le dirigeant nord-coréen et le président américain Donald Trump à Singapour.

A l'époque, le ministère sud-coréen de l'Unification, qui s'occupe des questions intercoréennes, le présentait comme «un canal de consultation et de communication» ouvert 24 heures sur 24, toute l'année, pour développer les relations intercoréennes, améliorer les relations entre les Etats-Unis et le Nord, et apaiser les tensions militaires. Le bureau était occupé cinq jours sur sept, avec des fonctionnaires d'astreinte les week-ends.

En septembre 2018: Les deux Corées ouvrent leur bureau de liaison conjoint dans le Nord

Une dégradation en 2019

Mais les relations intercoréennes se sont graduellement dégradées dans la foulée du fiasco du deuxième sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un, en février 2019 à Hanoï. Et les travaux du bureau de liaison ont été suspendus en janvier en raison de la pandémie de coronavirus.