Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Les conditions de détention de prisonniers politiques sont clouées au pilori. Six ressortissants de Corée du Sud et trois Américains sont toujours détenus pour «activités hostiles à l’Etat». 
© Jacquelyn Martin/AP Photo

Conseil des droits de l'homme

Corée du Nord: les droits de l'homme en berne

Rapporteur spécial des Nations unies, Tomas Ojea Quintana met en garde. Dans la perspective d'un sommet Donald Trump - Kim Jong-un, les droits de l'homme ne peuvent pas être un simple astérisque

A l’heure où Donald Trump et Kim Jong-un prévoient de se rencontrer lors d’un sommet historique – le premier entre un président américain et un leader nord-coréen – d’ici à la fin mai, le rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme en Corée du Nord monte au créneau. Lundi lors d’une conférence de presse, Tomas Ojea Quintana l’a martelé: «Les droits de l’homme en Corée du Nord ne peuvent pas être dissociés de la question de la dénucléarisation de la péninsule coréenne.»

Lundi au Conseil des droits de l’homme à Genève, Pyongyang n’a pourtant pas entendu l’émissaire onusien, préférant la «politique de la chaise vide» lors du dialogue interactif avec Tomas Ojea Quintana après que ce dernier, interdit d’entrée dans le pays, eut déposé un rapport sur la situation des droits de l’homme en Corée du Nord.

Une situation alimentaire dramatique

La Corée du Nord a beau bénéficier d’une relative embellie économique avec des taux de croissance de son PIB se chiffrant à plus de 3% depuis 2016, 10,5 millions d’habitants (41%) sur les 23 millions que compte le pays souffrent de sous-nutrition. Le pays n’a pas vraiment récupéré des graves famines des années 1990 qui ont ruiné le système de distribution public. Les rations de denrées alimentaires distribuées par l’Etat et dont dépendent 18 millions de Nord-Coréens «ont chuté en dessous de l’objectif étatique de 573 grammes par personne et par jour», relève le rapport de Tomas Ojea Quintana.

Les provinces du nord du pays sont très vulnérables aux catastrophes naturelles, à la sécheresse et aux inondations, rendant les ressources agricoles beaucoup plus incertaines. Face à l’insécurité alimentaire, les Nord-Coréens recourent au système D. Selon un témoin cité dans le rapport, seuls les fonctionnaires du gouvernement ont droit à des rations. La majorité de la population survit par le biais du secteur informel d’approvisionnement, notamment grâce au trafic de marchandises vers la Chine.

Conditions de détention dénoncées

Le principe d’autarcie, juche en nord-coréen, défendu par Kim Jong-un dans son dernier plan quinquennal non seulement ne suffit pas à nourrir le peuple, mais pousse au contraire nombre de citoyens à chercher eux-mêmes des moyens de subsistance. Dans ce cadre-là, Tomas Ojea Quintana ne remet pas en question les dures sanctions adoptées même par la Chine au Conseil de sécurité de l’ONU, mais il «n’approuve pas des sanctions qui pénalisent l’économie entière».

Sur les 23 millions d’habitants que compte la Corée du Nord, 10,5 millions souffrent de sous-nutrition

Les conditions de détention de prisonniers politiques sont aussi clouées au pilori. Six ressortissants de Corée du Sud et trois Américains sont toujours détenus pour «activités hostiles à l’Etat». Ils n’ont aucun accès aux consulats de leur pays et sont dans l’incapacité de communiquer avec leurs familles. Une femme nord-coréenne qui a pu s’échapper raconte les conditions atroces qui régnaient dans un kyohwaso, un camp de travail forcé, où elle était détenue. «Le premier défi le matin, explique-t-elle, est de trouver de l’eau, car seules trois ou quatre cellules sur trente ont de l’eau courante pour un temps limité le matin. Nous devions marcher pendant une heure pour trouver une fontaine et pouvoir laver notre visage.»

Critiques de la Suisse

Dans son discours du Nouvel An, le leader nord-coréen a été clair sur la liberté de conscience et d’expression qu’il entend autoriser à ses concitoyens: «Toutes les organisations du parti ne doivent pas tolérer le moindre semblant d’hétérogénéité dans les idées […] qui vont à l’encontre de l’idéologie du parti.» Une femme a ainsi été emprisonnée à trois reprises, accusée de «superstition» pour avoir pratiqué la divination pour gagner un peu d’argent.

La Suisse ne s’est pas privée lundi de critiquer les «violations graves et systématiques des droits de l’homme» en Corée du Nord, en particulier les conditions de détention, les restrictions à la liberté d’opinion, d’expression et de religion. Selon Berne, Pyongyang devrait même rendre des comptes devant la Cour pénale internationale.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a