Nations unies

La Corée du Nord essuie une nouvelle salve de sanctions de l'ONU

Moscou et Pékin ont donné leur feu vert à une huitième série de mesures cette nuit, qui interdit à Pyongyang d'exporter du textile et réduit ses approvisionnements en pétrole et en gaz. Les Etats-Unis ont dû faire quelques concessions

Avec Pékin et Moscou. Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté lundi à l’unanimité et à l’initiative des Etats-Unis une nouvelle batterie de sanctions contre la Corée du Nord. Cette huitième série de mesures, soutenue par la Chine et la Russie, les plus proches soutiens de la Corée du Nord, vise à punir ce pays pour son essai nucléaire du 3 septembre.

Le but: ouvrir des négociations avec Pyongyang. Par ses sanctions, chaque fois plus sévères, l’ONU veut pousser Pyongyang à négocier ses programmes d’armement nucléaire et conventionnel, jugés menaçants pour la stabilité mondiale. Pour les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France ou l’Italie, la résolution adoptée lundi est «très solide», «équilibrée» et permet à l’ONU d’affirmer «unité» et «détermination».

Approbation soulagée des voisins de Pyongyang, inquiets. Séoul a salué l’adoption de cette résolution, la qualifiant «d’avertissement sévère» pour Pyongyang. «La Corée du Nord doit comprendre que la dénucléarisation est la seule voie lui garantissant sécurité et développement économique», ajoute le gouvernement sud-coréen dans un communiqué. A Tokyo, le premier ministre Shinzo Abe a «hautement apprécié» la résolution «rapide» et «forte» qui démontre que «la communauté internationale doit accentuer la pression sur la Corée du Nord à un niveau nouveau et sans précédent» pour qu’elle «change sa politique», selon un communiqué.

Les Etats-Unis finalement d’accord pour quelques concessions. «Nous ne cherchons pas la guerre», a assuré l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, qui avait la semaine dernière assuré que Pyongyang «ne demandait que ça». Lundi, elle a admis que la Corée du Nord n’avait «pas franchi un point de non-retour». Le premier projet de texte américain, rendu public mercredi, était «maximal» sur «absolument tout», selon les termes d’un diplomate. Il prévoyait un embargo total sur le pétrole, les produits pétroliers et le gaz, le renvoi en Corée du Nord de ses expatriés (environ 93 000 selon Washington), le gel des avoirs de Kim Jong-un, l’interdiction d’importer du textile nord-coréen et des inspections par la force de navires en haute mer suspectés de violer les résolutions de l’ONU.

La pression efficace de Pékin et de Moscou. Pour s’assurer du soutien de la Russie et de la Chine lors du vote, Washington a dû cependant revoir à la baisse ses prétentions et renforcer les paragraphes liés à la recherche d’une solution «pacifique» à la crise.

Pétrole, gaz, textile, avoirs financiers: le détail. Après plusieurs jours de négociations intensives, l’embargo sur le gaz naturel a été gardé mais, pour le pétrole, les ventes seront limitées à 500 000 barils pendant trois mois à partir du 1er octobre pour passer à 2 millions de barils à partir du 1er janvier pour une période de douze mois. Cela représente une réduction de 10% des produits pétroliers, selon le Département américain de l’énergie, qui estime à 2,2 millions de barils les importations nord-coréennes. Pyongyang importe essentiellement de l’essence et du diesel de Chine, selon les Etats-Unis. «C’est un pied dans la porte», a fait valoir un diplomate sous couvert d’anonymat, pour qui, même avec des concessions, le texte adopté reste très fort.

Lors des discussions, le gel des avoirs du dirigeant nord-coréen, dont Moscou ne voulait pas, a été retiré du texte. Les Etats-Unis ayant assuré ne pas vouloir de changement de régime, il est difficile de viser directement Kim Jong-un, a plaidé Moscou, selon une source diplomatique. L’interdiction concernant le textile n’a pas posé de problème.

Les expatriés nord-coréens aussi visés. Les mesures concernant les expatriés nord-coréens et les inspections de navires suspects sont moins strictes que dans le texte initial, surtout à la demande de Moscou, selon des diplomates. La Russie ferait travailler quelque 35 000 expatriés nord-coréens. Lors de la dernière résolution de sanctions, adoptée le 5 août, le nombre de travailleurs expatriés nord-coréens avait été plafonné. La nouvelle résolution prévoit une information sur l’échéance des contrats de travail de ces expatriés.

Renvois de diplomates et liste noire. Après le Mexique, le Pérou a annoncé lundi l’expulsion de l’ambassadeur nord-coréen pour protester contre les essais nucléaires de Pyongyang. La nouvelle résolution ajoute Pak Yong-sik, un des responsables du programme de missiles, sur une liste noire en même temps que trois agences nord-coréennes, dont celle responsable de la propagande du régime.


 

Pour aller plus loin:
Corée: les non-dits d’une crise (chronique)
La Suisse et la Corée du Nord
Washington avance un projet de résolution remanié sur des sanctions contre Pyongyang


Le dernier train de sanctions internationales, le 5 août, faisait suite à deux tirs de missiles intercontinentaux nord-coréens. Il interdit les importations de charbon, de fer et de la pêche venant de Corée du Nord, et vise à priver ce pays de 1 milliard de dollars de recettes par an. Les effets des sanctions ne peuvent se mesurer que sur le très long terme. A titre d’exemple, il a fallu plus de dix ans de sanctions pour amener l’Iran à négocier son programme nucléaire.

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