Revue de presse

La Corée du Nord et sa fusée du chantage

Le nouveau lancement spatial effectué par l’ubuesque régime de Pyongyang met les nerfs de toute la communauté internationale en boule. Seule la Chine continue à jouer un jeu trouble

«Chantage», titre Le Parisien, mais la réponse n’a pas tardé. Séoul a tiré des coups de semonce lundi contre un patrouilleur nord-coréen. Ce qui constitue un nouvel incident entre les deux Corées après que, à l’ulcération du monde entier, Pyongyang eut procédé, dimanche, au lancement d’une fusée à longue portée, acte «fermement condamné» par le Conseil de sécurité de l’ONU (voir ici la vidéo de la BBC). Selon le Ministère sud-coréen de la défense, un bâtiment nord-coréen a franchi en mer Jaune la frontière disputée par les deux pays peu avant 7h (23h GMT dimanche). «Il a rapidement battu en retraite après les tirs de semonce de la marine sud-coréenne», a déclaré un responsable du ministère.

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La communauté internationale «brusquée», dit la Frankfurter Allgemeine Zeitung; «défiée», préfère El País; des «violations dangereuses et graves» des résolutions de l’ONU, qui interdisent à Pyongyang toute activité nucléaire ou balistique sous peine de sanctions; le ralliement de la Russie à cette colère; l’ire des dirigeants militaires contre ces «systèmes de vecteurs d’armes nucléaires», c’est-à-dire de missiles intercontinentaux à tête nucléaire capables d’atteindre les Etats-Unis: cela suffit pour que les responsables américains et sud-coréens de la défense annoncent l’ouverture immédiate de pourparlers sur le déploiement en Corée du Sud d’un système de défense antimissiles américain. Et les diplomates sont horrifiés:

«Comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe»… pourrait-on résumer les faits pour les dédramatiser, en se souvenant d’une certaine comédie militaire et satirique sortie en 1964 et réalisée par Stanley Kubrick: Docteur Folamour, ou comment, en pleine Guerre froide, un général américain frappé de folie paranoïaque, décide d’envoyer ses B-52 frapper l’URSS. Le mythe cinématographique a visiblement inspiré Libération:

Pour le quotidien français, qui consacre pas moins de six pages à l’événement, «la bombe est une assurance vie pour les dictateurs. […] Ubuesque régime stalinien héréditaire aussi paranoïaque qu’imprévisible, la Corée du Nord a désormais la bombe A et des fusées à longue portée. Cela ne signifie pas, selon les experts, que l’arme atomique nord-coréenne soit déjà opérationnelle mais le risque est là.»

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Et c’est «le plus gros échec de la lutte contre la prolifération». Si, en Iran, rien n’est «démantelé, juste gelé, et mis sous contrôle pour les dix ou quinze prochaines années avec l’espoir qu’entre-temps le régime […] aura changé, c’est néanmoins un pari. Celui fait avec la Corée du Nord, lui, a raté. Le casse-tête et le danger restent entiers.» Alors il semble bien loin, soudain, le temps où l’on rêvait encore d’une péninsule coréenne réunifiée, commente la Neue Zürcher Zeitung.

Quel est cet objet?

Ce lundi matin, indiquent Les Echos, les experts traquaient les mouvements, dans l’espace, de l’objet mis en orbite, dimanche matin, par la fusée de Pyongyang. La Corée du Nord affirme que son Kwangmyŏngsŏng-4 est un satellite conventionnel d’observation de la terre. Mais les spécialistes qui ne parvenaient à capter aucune transmission de l’appareil s’interrogent sur la nature exacte de l’objet, qui ne ferait que 200 kilos, ce qui représente un poids étonnamment faible pour un satellite censé emporter assez de carburant pour rester dans l’espace pendant au moins cinq années.»

Et de toute manière, ce ne semble pas être fini. Le Daily Telegraph écrit ce matin que Pyongyang serait en train de «préparer de nouveaux tests nucléaires». De son côté, CNN exige de nouvelles sanctions. Et la situation est aggravée du fait que la Chine joue un jeu trouble, selon le New York Times, elle qui ne «punira pas la Corée du Nord», avertit le Guardian.

«Tout le monde aura remarqué hier matin que si Washington, Paris, Londres et Moscou ont condamné fermement le nouvel essai nord-coréen, Pékin s’est contenté de le «regretter», écrit Ouest-France. La Chine craint moins la bombe qu’un effondrement du régime de Pyongyang. Pour une raison simple. La réunification des deux Corées voudrait dire avoir des troupes américaines à ses portes. Alors le régime chinois tergiverse, freine les sanctions (moins dures que contre l’Iran) et garde le cordon ombilical qui le lie au peuple nord-coréen, par le commerce et les menus trafics.»

Loin du passage à l’acte

Pourtant, Olivier Guillard, spécialiste de l’Asie, explique à Europe 1 que «malgré ses provocations, Pyongyang n’a pas l’intention de frapper ses ennemis». «Aujourd’hui, dit-il, on estime que les Nord-Coréens […] pourraient […] atteindre une partie du territoire américain, à savoir l’Alaska et Hawaii. […] Même si le pays de Kim Jong-un est le dernier Etat de la communauté internationale dont on peut attendre tout et n’importe quoi, ses menaces et ses provocations récurrentes sont à prendre avec précaution. Ce que la Corée du Nord n’a certainement pas envie de faire, c’est de passer à l’acte.»

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