Le négociateur américain pour le nucléaire nord-coréen, le secrétaire d'Etat adjoint Christopher Hill, a quitté Pyongyang les mains vides après deux jours de négociation avec son homologue nord-coréen Kim Gye-gwann. A Séoul, vendredi, il s'est contenté de déclarer qu'il avait eu des discussions «très longues et substantielles». Traduction: aucun résultat tangible. Au même moment, à Washington cette fois-ci, un porte-parole du Département d'Etat, Robert Wood, se faisait plus circonstancié: «Les seuls détails que je puisse vous donner, c'est que nous voyons réapparaître des équipements qui avaient été transférés au stockage.» En clair, c'est le premier témoignage que Pyongyang mettrait en œuvre sa menace de relancer ses installations de Yongbyon servant à la production de plutonium et qui lui avait permis de procéder à un premier test d'explosion atomique en 2006.

Second programme?

La Corée du Nord a soudainement relancé ce programme au mois d'août estimant que les Etats-Unis n'avaient pas respecté leurs engagements dans le cadre de l'accord de dénucléarisation de février 2007. Pyongyang a stoppé ses installations nucléaires, déclaré l'état de ses programmes et procédé au début du démantèlement de ses installations de Yongbyon. En retour, le régime stalinien attendait qu'il soit rayé de la liste américaine des pays soutenant le terrorisme ce qui ouvrirait la voie à l'établissement de relations diplomatiques avec Washington. Les avis divergent sur l'interprétation de l'accord et son principe «action pour action» d'avancée graduelle. Les experts sont notamment partagés sur l'existence ou non d'un second programme nucléaire nord-coréen à l'uranium que Pyongyang refuse de reconnaître et qui fut pourtant à l'origine de la crise selon les Etats-Unis.

Où se situe la vérité dans ce jeu de poker menteur? Depuis deux ans, Washington a notoirement assoupli sa position pour offrir l'apparence d'une victoire diplomatique à George Bush avant la fin de son mandat. Or dans un récent éditorial, le International Herald Tribune dénonçait le retour à une ligne dure défendue par le vice-président Dick Cheney qui serait à l'origine de ce nouveau blocage en imposant des conditions de contrôle sur Pyongyang que seul un pays vaincu pourrait accepter.

Côté nord-coréen, il est toujours aussi difficile de savoir ce qui se trame, d'autant que Kim Jong-il aurait récemment été gravement malade. Il n'en demeure pas moins - forme de pression à l'égard des Etats-Unis? - que la Corée du Nord se signale à nouveau par sa capacité de nuisance hors de ses frontières. Récemment, elle a été accusée par l'opposition iranienne de fournir à Téhéran la technologie permettant d'adapter des ogives nucléaires à ses missiles à longue portée. De même, Pyongyang est désormais soupçonné d'apporter son soutien au développement d'un programme nucléaire par la junte birmane.