Tout un symbole. Le régime nord-coréen a fait exploser mardi le bureau de liaison avec son voisin sud-coréen. Situé sur le territoire nord-coréen, le bâtiment de verre servait depuis septembre 2018 d’ambassade informelle entre Séoul et Pyongyang. Il était le symbole de la détente entamée par les deux voisins à la faveur des Jeux olympiques en Corée du Sud, alors qu’aucun accord de paix n’a été signé depuis la fin de la guerre de Corée en 1953. La Corée du Nord a aussi annoncé son intention de renvoyer des troupes dans la zone démilitarisée qui sépare les deux pays.

La destruction du bureau intervient à peine vingt ans après le premier sommet entre les dirigeants des deux Corées. Il coïncide aussi avec la montée en puissance au sein du régime nord-coréen de Kim Yo-jong, la sœur cadette du dirigeant Kim Jong-un. C’est elle qui avait annoncé la couleur le week-end dernier. «Dans peu de temps, l’inutile bureau de liaison entre le Nord et le Sud sera complètement détruit au cours d’une scène tragique», avait-elle menacé.

Maigre prétexte

L’immeuble de quatre étages, qui accueillait jusqu’à une vingtaine de représentants de chaque pays, était fermé depuis janvier à cause de la pandémie du Covid-19. Depuis plusieurs jours, Pyongyang dénonçait les tracts appelant à un changement de régime envoyés sur des ballons par des déserteurs nord-coréens réfugiés en Corée du Sud.

Le prétexte paraît bien maigre mais la dictature nord-coréenne manifeste ainsi sa frustration face à l’enlisement des négociations avec la Corée du Sud. A Séoul, le président Moon Jae-in, qui a beaucoup misé politiquement sur le rapprochement avec son voisin du nord, joue plutôt l’apaisement. Le gouvernement a aussi annoncé des poursuites judiciaires contre les groupes qui envoient des tracts de propagande au nord, alors qu’il avait jusqu’ici laissé faire.

Dénucléarisation au point mort

Le message belliqueux de la Corée du Nord s’adresse aussi aux Etats-Unis, qui étaient intervenus aux côtés de Séoul lors de la guerre de Corée et continuent de garantir la sécurité de leur allié sud-coréen. En avril 2018, Kim Jong-un avait annoncé la suspension des tirs de missiles intercontinentaux capables d’atteindre le territoire américain et des essais atomiques. L’escalade avait mené la Corée du Nord et les Etats-Unis au bord d’une nouvelle guerre aux conséquences catastrophiques. Après avoir prouvé que son pays était devenu une puissance nucléaire, le dictateur nord-coréen avait obtenu de rencontrer le président américain Donald Trump. Mais ce rapprochement spectaculaire n’a débouché sur aucune avancée concrète.

Malgré ses signes initiaux de bonne volonté, la Corée du Nord a continué de développer son arsenal nucléaire et elle n’a pas obtenu d’assouplissement des sanctions internationales. Le régime nord-coréen a toujours pu compter sur la mansuétude de la Chine, inquiète de l’éventuel effondrement de son voisin, pour contourner le blocus. Mais, à cause du Covid-19, la frontière avec la Chine est plus hermétiquement fermée depuis janvier.

Risque de famine

Les informations indépendantes provenant de Corée du Nord sont rares. Le pays n’a, par exemple, déclaré aucun cas de Covid-19, ce qui paraît fantaisiste. D’autant que le régime aurait mis une partie de sa population en quarantaine. Le 9 juin dernier, le rapporteur spécial de l’ONU sur la situation en Corée du Nord alertait sur le risque de famine. «Avant même la pandémie, 40% de la population était menacée par l’insécurité alimentaire. Au mois de mars et d’avril, le commerce avec la Chine a diminué de 90%», mettait en garde l’Argentin Tomás Ojea Quintana.

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Une nouvelle fois en situation délicate, le régime nord-coréen a-t-il choisi la fuite en avant face à l’ennemi extérieur? Le plasticage d’un bâtiment vide apparaît pour l’instant comme une escalade mesurée et calculée. A quelques mois de l’élection présidentielle américaine, Kim Jong-un vise à se rappeler au bon souvenir de Washington alors que la situation dans la péninsule est désormais loin des préoccupations premières du locataire de la Maison-Blanche.