Quand la Corée du Nord s’éveillera

A quoi ressemblera la Corée du Nord d’ici à dix ou vingt ans? La zone économique spéciale de Rason, aux confins de la Chine et de la Russie, promet un saut dans le futur du pays le plus fermé du monde

«Ce n’est qu’un début, bientôt ce sera un nouveau Hongkong!» s’exclament les guides de Rason face aux rares touristes qui s’aventurent jusqu’ici. A l’extrémité nord-est de la Corée du Nord, cette zone économique spéciale pourrait se retrouver aux avant-postes le jour où le pays s’ouvrira au monde. Dans l’immédiat, c’est le raccordement du chemin de fer nord-coréen au réseau russe qui suscite l’espoir d’une intensification du commerce.

Limitrophe de la Russie et de la Chine, Rason héberge dans son port un dock alloué à chacun de ces deux pays. «Rason est le seul endroit de Corée du Nord où l’on peut trouver une banque, un casino, des immeubles de bureaux, des foires remplies d’acheteurs frénétiques, et même des Hummer», raconte Adrien Golinelli, 27 ans, photographe de l’agence Phovea qui a réalisé ces images.

Passionné de géopolitique, ce Genevois qui travaille en autodidacte décide de se rendre en Corée du Nord après la mort de Kim Jong-il, fin 2011, tablant sur l’ouverture à venir du pays. Après un premier voyage en 2012, il y retourne l’an dernier, depuis la Chine cette fois-ci. «A la frontière, j’ai dû traverser un pont, à pied, au bout duquel m’attendait un guide nord-coréen», explique-t-il.

Rason n’est pas la seule zone économique spéciale du pays, mais elle l’une des premières. Elle regroupe la ville portuaire de Rajin et la ville de Sonbong. Elle a la physionomie typique d’une ville nord-coréenne, avec de grandes avenues, presque sans véhicules, mais où l’idéologie du régime s’affiche partout, scandée sous forme de slogan. Ici, les Chinois sont rois: leur monnaie est la principale devise du pays. Ouverte au tourisme depuis deux ans, Rason demeure toutefois une zone soumise à un contrôle de sécurité très strict pour les Nord-Coréens.

Pyongyang a placé 2015 sous le signe de l’ouverture. Alors que le pays est à court de devises et que son PIB par habitant est au même niveau que dans les années 1970, ses diplomates font passer le message que l’heure est au dialogue et au développement de l’économie.

Les touristes, explique Adrien Golinelli, sont accompagnés en permanence d’une personne qui fait office de surveillant et de traducteur des guides locaux. Lors de son premier séjour – qui a donné lieu à un livre, Corée du Nord, l’envers du décor, Ed. de La Martinière –, un Nord-Coréen s’était glissé dans son groupe pour surveiller les guides.