La Corée du Nord veut une enquête sur la CIA

Genève Accusé de crimes contre l’humanité, Pyongyang contre-attaque

Le doute s’est instillé et la Corée du Nord compte bien en profiter. Après la rétractation partielle d’un célèbre rescapé des camps nord-coréens qui avait témoigné pour l’ONU, le régime de Kim Jong-un fait feu de tout bois. Les diplomates répètent que les accusations de crimes contre l’humanité portées contre Pyongyang ne tiennent plus.

A la gloire des Kim

A la mission nord-coréenne à Genève, une maison de maître à côté du parc des Eaux-Vives, l’ambassadeur So Se Pyong commence par proposer du thé aux journalistes, installés deux par deux, comme à l’école. Un piano et une batterie tranchent dans le décorum à la gloire de la dynastie Kim. Le diplomate se lance dans un long solo. «J’ai demandé ce jeudi au président du Conseil des droits de l’homme de l’ONU [CDH] la création d’une commission d’enquête sur les tortures commises par la CIA dans le monde. Le récent rapport du Sénat américain n’a révélé que la pointe de l’iceberg».

Si la Corée du Nord présente réellement une résolution à la prochaine session de mars, il lui faudra une majorité des 47 Etats membres. So Se Pyong a bon espoir d’y parvenir grâce à tous les pays excédés par «la sélectivité» du CDH.

En attendant de planter cette épine dans le pied de son vieil ennemi américain, Pyongyang estime que le rapport accablant de l’ONU est «invalidé» par les récents aveux de Shink Dong-hyuk. Ce témoin clef est le seul détenu né dans un camp nord-coréen à avoir réussi à s’en échapper grâce à une brèche ouverte dans la clôture par un camarade mort électrocuté. Encore enfant, il dit avoir vu sa mère et son frère se faire exécuter sous ses yeux après qu’il a été forcé de les dénoncer. Il aurait aussi été torturé pendant plusieurs mois.

Après l’avoir entendu ainsi que 300 autres témoins ayant fui la Corée du Nord, la commission d’enquête, présidée par le juge australien à la retraite Michael Kirby, avait conclu à des crimes contre l’humanité comparables à ceux de l’Allemagne nazie. Cela avait ouvert la voie à des poursuites contre les dirigeants nord-coréens.

Mais, dimanche, Shink Dong-hyuk s’est excusé sur sa page Facebook auprès de tous ses soutiens et a annoncé qu’il se retirait de la campagne contre le régime nord-coréen. «Nous avons tous des histoires que nous voulons cacher», a-t-il écrit. Le jeune homme venait d’admettre qu’il avait été détenu, la plupart du temps dans un autre camp, au régime moins draconien. La pression était devenue trop forte sur le jeune homme, aujourd’hui âgé de 34 ans. En automne dernier, les Nord-Coréens ont diffusé une vidéo de son père qu’il croyait mort. Ce dernier accuse son fils d’avoir menti sur toute la ligne. L’auteur de Rescapé du camp 14 , le journaliste américain Blaine Harden a annoncé qu’il corrigerait le livre. L’ONU, en revanche, n’envisage pas de réviser son rapport. Lassé par les questions de journalistes, Michael Kirby a pris sa plume pour le Guardian . «C’est une bagatelle. Son camp n’avait que deux étoiles sur l’échelle de l’horreur, contre trois pour le camp 14. Mais, en Corée du Nord, tous les camps sont suffisamment horribles.»