Contrôle des détroits et des routes du pétrole, guerre au terrorisme et à ses sanctuaires, le tout sur fond de nouvelle donne en Irak et dans la péninsule Arabique: les Etats-Unis sont en passe de revoir complètement leur présence militaire dans une région dont l'importance stratégique n'est plus à démontrer. Point d'ancrage de ce nouveau dispositif: la création par l'armée américaine d'un commandement militaire spécial dans la Corne de l'Afrique, basé à Djibouti. «Face au gros problème que représente l'Arabie saoudite, qui ne peut plus être considérée comme une base sûre pour leurs forces armées, les Etats-Unis sont en train de chercher de nouveaux sites pour prépositionner leurs troupes», commente Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l'IRIS. «Si on regarde la carte, Djibouti – qui ne fut pas utile pendant la guerre du Golfe – retrouve aujourd'hui toute son importance», relève le chercheur qui estime parfaitement logique la volonté américaine d'y établir une nouvelle tête de pont.

Selon le Pentagone, environ 400 hommes de la deuxième division navale seront à la tête de ce détachement spécial Corne de l'Afrique. Dans un premier temps, ils opéreront à partir d'un bâtiment de la marine situé en mer Rouge, en attendant qu'un poste de commandement soit construit sur le continent, à Djibouti. Ils y rejoindront alors les quelque 800 à 1200 soldats américains qui y sont déjà installés. Toujours selon le Pentagone, ce détachement spécial Corne de l'Afrique aura pour mission de surveiller et poursuivre les terroristes qui tentent de se cacher, de s'entraîner et de créer des cellules dans des pays comme le Yémen, la Somalie, l'Ethiopie ou le Soudan. «La Corne de l'Afrique s'avère être un lieu assez animé en termes de flux de personnes et d'autres instruments de guerre – armes, explosifs, et peut-être armes de destruction massive», déclarait lundi au Pentagone le général Richard Myers, chef d'état-major interarmes, confirmant la mise en œuvre du plan Corne de l'Afrique. On ne pouvait pas être plus clair.