Un débat télévisé sans public, avec les deux rivaux démocrates – Joe Biden, 77 ans, et Bernie Sanders, 78 ans – placés à un 1,80 mètre de distance. Dimanche, le duel que beaucoup attendaient s’est déroulé dans une configuration toute particulière à cause de la pandémie. Les candidats se sont d’ailleurs salués par un coup de coude.

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Des primaires ce mardi

Meetings annulés, bains de foule et mains serrées interdites: le Covid-19 chamboule le déroulé de la campagne présidentielle américaine. Si le scénario le plus extrême – repousser l’élection prévue le 3 novembre – n’est pas encore évoqué, le coronavirus a déjà mis en exergue les ratés de l’administration Trump, avec un président erratique, semant la confusion, qui, pas plus tard que dimanche, appelait encore les Américains à se «détendre» («Relax! Take it easy!»). Ses chances de réélection pourraient être affaiblies, lui qui tablait sur une forte croissance.

Pour Bernie Sanders, le sénateur «socialiste» en perte de vitesse, renoncer aux meetings est un coup dur: il parvenait à galvaniser les foules et à attirer de nombreux jeunes. Pour Donald Trump, aussi, véritable showman, c’est une occasion de moins d’électriser sa base électorale. Désormais, les candidats devront essentiellement communiquer par clips, e-mails, coups de fil et apparitions télévisées. Mais surtout, des Etats ont décidé de repousser leurs primaires. La Louisiane a été le premier à le faire (du 4 avril au 20 juin), suivi de la Géorgie (du 24 mars au 19 mai). D’autres s’apprêtent à prendre des décisions similaires. Mais tant l’Arizona que la Floride, l’Ohio et l’Illinois voteront, sauf décision de dernière minute, ce mardi soir. Bernie Sanders a été le premier à, ouvertement, soulever la question de la tenue des primaires dans le contexte actuel.

Précédents épidémiques

Les conventions nationales pourraient être menacées. La Convention nationale démocrate est censée se dérouler à Milwaukee (Wisconsin), du 13 au 16 juillet, et rassembler 3979 délégués ordinaires et 771 super-délégués. C’est à son issue que le candidat qui affrontera Donald Trump sera choisi. Du côté républicain, la convention a en principe lieu à Charlotte (Caroline du Sud), du 24 au 27 août, avec 2550 délégués. Mais sans suspense: Donald Trump sera le candidat officiel. La repousser, voire l’annuler, n’aurait que peu de conséquences pour les républicains.

Dans une opinion publiée dans Foreign Policy, Laurie Garrett, Prix Pulitzer pour des articles scientifiques, appelle à renoncer aux conventions si nécessaire. Elle rappelle que le 5 novembre 1918, les élections de mi-mandat du Congrès s’étaient déroulées en pleine grippe espagnole, et que les politiciens ont dû renoncer à leurs rassemblements de campagne, sans grandes conséquences. «Le taux de participation électorale n’a été que de 40%, bien en dessous des taux habituels de l’époque. Pourtant, personne n’a remis en question la légitimité des résultats.»

Autre exemple, dans le sens inverse, le «fiasco» de 1976, quand le président sortant Gerald Ford et le démocrate Jimmy Carter se disputaient la présidence, en pleine inquiétude liée à la grippe porcine. Des vaccins ont été fabriqués dans la précipitation, et une campagne de vaccination de masse a été lancée un mois avant l’élection. «Or, certains lots de vaccins ont provoqué des effets secondaires et ont été retirés, et tout s’est transformé en fiasco», écrit Laurie Garrett. Le processus démocratique n’a pas été modifié, «mais cette affaire a peut-être contribué à la défaite de Ford».