Des violences particulièrement «préoccupantes» se poursuivent dans le centre de la République démocratique du Congo, où les corps de deux experts de l’ONU ont été retrouvés mardi 28 mars, juste après l’annonce par le gouvernement du massacre de 39 policiers par des rebelles.

Lire aussi: La police congolaise accuse des rebelles d’avoir massacré 39 agents

Les deux experts, l’Américain Michael Sharp et la Suédoise Zaida Catalan, avaient été enlevés le 12 mars en même temps que leurs quatre accompagnateurs congolais dans la province du Kasaï-central, secouée par la rébellion de Kamwina Nsapu, chef traditionnel tué en août 2016 lors d’une opération militaire, après s’être révolté contre les autorités de Kinshasa.

Le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a précisé que «la femme a été décapitée et le corps de l’homme est entier».

Antonio Guterres demande justice

Michael Sharp et Zaida Catalan «ont perdu leur vie en essayant de comprendre les causes du conflit et de l’insécurité en RDC, afin d’aider à ramener la paix à ce pays», a déclaré le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, dans un communiqué.

«Je fais confiance aux autorités congolaises pour qu’elles conduisent une enquête complète sur cet incident. Les Nations unies mèneront aussi une enquête. En cas d’actes criminels, les Nations unies feront tout leur possible pour assurer que justice soit faite», a-t-il ajouté.

Lundi, la police nationale congolaise (PNC) a accusé des rebelles d’avoir massacré 39 de ses agents au Kasaï qui seraient tombés vendredi dans une «embuscade» tendue par des miliciens Kamwina Nsapu à Kamuesha (Kasaï), alors qu’ils circulaient à bord de camions de transport de troupes.

Un vote important jeudi

Ces accusations surviennent avant le vote, prévu mercredi mais repoussé à jeudi ou à vendredi, de l’ONU sur le renouvellement du mandat de sa mission de maintien de la paix en RDC, la Monusco, alors que la situation du pays, en proie à une crise politique, sécuritaire, économique et sociale, inquiète grandement.

La Monusco est la plus importante des missions de maintien de la paix des Nations unies avec quelque 19 000 soldats, policiers et observateurs militaires dans l’Est du pays et à Kinshasa. Dans la région du Kasaï, l’ONU ne disposait d’aucune force jusqu’au déploiement récent d’une centaine de Casques bleus à Kananga et dans ses environs.

La rébellion Kamwina Nsapu a été accusée par l’ONU de recruter des enfants et d’avoir commis de nombreuses atrocités. En face, les forces de l’ordre se voient régulièrement reprocher par les Nations unies de faire un usage disproportionné de la force contre des miliciens armés essentiellement de bâtons et de lance-pierres.

La communauté internationale s’inquiète

Mardi, l’Union européenne, l’Union africaine, les Nations unies et l’Organisation internationale de la Francophonie ont exprimé leur «profonde préoccupation» quant à «la grave situation» au Kasaï.

Elles demandent, au niveau national, la nomination d’un «premier ministre issu de l’opposition» en application de l’accord de transition conclu le 31 décembre 2016 censé conduire à la tenue d’élections prévues à la fin de cette année.

Cet accord de la Saint-Sylvestre prévoit le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila jusqu’à l’entrée en fonction d’un successeur et la formation d’un gouvernement élargi dirigé par un membre de l’opposition.

Mais ce nouveau gouvernement n’a toujours pas été formé. Lundi soir, les évêques catholiques qui assurent la médiation entre les deux parties ont constaté «l’impasse politique (des) discussions» après un nouveau cycle de négociations infructueuses.

Situation tendue à Kinshasa

Dans ce contexte, la situation s’est tendue mardi à Kinshasa, où la présence policière était renforcée dans divers points stratégiques de la capitale. Selon des résidents, des accrochages entre forces de l’ordre et manifestants ont eu lieu dans plusieurs quartiers. Des pneus brûlés et des pierres jonchaient certaines rues, a constaté l’AFP.

Les évêques ont rencontré ce mardi Joseph Kabila qui leur a promis de travailler pour régler la crise, selon un porte-parole de l’épiscopat.

Le parti historique de l’opposition, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a de son côté annoncé qu’il organiserait une marche le 10 avril contre le pouvoir si la nouvelle équipe gouvernementale tardait à être formée.