Grèce

Corruption: dix ex-ministres grecs soupçonnés dans une affaire liée à Novartis

Le parlement grec a été saisi et va enquêter sur ces responsables accusés par le premier ministre, Alexis Tsipras, d’avoir profité d’un gonflement présumé des tarifs de Novartis entre 2006 et 2015

Le premier ministre grec, Alexis Tsipras, a annoncé la saisie du parlement pour enquêter sur d’éventuelles responsabilités pénales de dix ex-ministres et premiers ministres de droite et socialistes impliqués dans une affaire présumée de corruption visant Novartis.

La Grèce usera de «tous les moyens légaux» à sa disposition pour «récupérer l’argent dont Novartis a privé l’Etat» via le gonflement présumé de ses tarifs de 2006 à 2015, a ajouté Alexis Tsipras, qui s’exprimait devant le groupe parlementaire de son parti, Syriza. Cette annonce enclenche le mécanisme prévu en Grèce par la Constitution sur les poursuites envers des membres ou ex-membres du gouvernement pour des méfaits commis dans l’exercice de leurs fonctions.

Lire aussi: Enquête pour corruption présumée visant Novartis

Deux anciens premiers ministres, dont le conservateur Antonis Samaras, remplacé au pouvoir en 2015 par Alexis Tsipras, et huit ex-ministres, dont le commissaire européen chargé des Questions migratoires, Dimitris Avramopoulos, et le gouverneur de la Banque centrale, Yannis Stournaras, sont visés par cette procédure.

Une enquête entamée en 2006

Il reviendra à une commission parlementaire d’instruction, dont la formation fera prochainement l’objet d’un vote, de déterminer s’il existe des indices de culpabilité justifiant leur mise en accusation pour avoir reçu des pots-de-vin.

Révélés la semaine dernière, les noms de ces responsables politiques de l’opposition ont été cités dans une enquête entamée en 2006 par le parquet grec anti-corruption après des révélations de la police fédérale américaine (FBI) sur des cas de concurrence déloyale de Novartis en Grèce.

Les pratiques présumées illégales utilisées par Novartis auraient coûté à l’Etat grec seul environ 3 milliards d’euros (3,42 milliards de francs).

Les personnes incriminées dénoncent «une machination»

Dans leur majorité, les personnalités impliquées ont protesté de leur innocence, dénonçant «une machination» et une «nouvelle diffamation» de la part d’Alexis Tsipras, et menaçant de riposte pénale leurs accusateurs, trois personnes bénéficiant du statut de «témoin protégé».

Rejetant tout «revanchisme» politique, Alexis Tsipras a dénoncé à son tour une «opération d’intimidation des témoins et de la justice». Il a réaffirmé la volonté de son gouvernement de «faire toute la lumière» sur l’affaire, déplorant que «la fiesta d’enrichissement et de dilapidation d’argent public» se soit poursuivie même durant la douloureuse purge d’austérité imposée aux Grecs depuis 2010.

Novartis affirme coopérer avec les autorités

Dans un communiqué lundi, la branche grecque du géant pharmaceutique bâlois Novartis relève que le «dialogue public» en cours sur l’affaire «inclut des inexactitudes, spéculations et confrontations politiques».

Novartis «coopère depuis plus de 14 mois avec les autorités grecques et américaines et mène une enquête interne», réitère le groupe. «Parallèlement, nous protégerons la société et son personnel avec toutes les possibilités des règles de droit», ajoute le communiqué.

Aux Etats-Unis, le groupe a fait l’objet fin 2016 d’une amende de 390 millions de dollars (362 millions de francs) et a payé 25 millions de dollars en mars 2017 dans le cadre d’une affaire de corruption impliquant sa filiale chinoise.

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