Russie

Corruption: le ministre russe de l’Economie interpellé

Alexeï Oulioukaïev est soupçonné de corruption dans le cadre de l’acquisition controversée du pétrolier Bachneft par le géant russe Rosneft. Il risque de 8 à 15 ans d’emprisonnement

Le ministre russe de l’Economie Alexeï Oulioukaïev a été arrêté car il est soupçonné d’avoir reçu un pot-de-vin de 2 millions de dollars dans le cadre d’une importante transaction pétrolière.

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Dans un communiqué paru mardi, le Comité d’enquête de Russie, principal organe d’enquête de la Fédération de Russie, a déclaré que Alexeï Oulioukaïev avait été arrêté dans le cadre d’une enquête sur une corruption à grande échelle. L’arrestation du ministre a eu lieu au cours d’une opération menée par le Service fédéral de sécurité, le FSB, a précisé le Comité d’enquête.

Le Comité a annoncé qu’il allait rapidement inculper Alexeï Oulioukaïev et que le ministre risque une peine de 8 à 15 ans de prison.

Un pot-de-vin lors de la vente de la majorité de Bachneft à Rosneft

Selon le communiqué, le ministre a reçu lundi 2 millions de dollars en échange de son approbation de l’acquisition par le géant pétrolier semi-public russe Rosneft du pétrolier Bachneft, appartenant à l’Etat, intervenue en octobre dernier. Le communiqué du Comité d’enquête ne précise pas qui a remis la somme que le ministre est accusé d’avoir reçu.

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«Alexeï Oulioukaïev a été pris la main dans le sac en train de recevoir un pot-de-vin», a déclaré à l’agence de presse RIA Novosti Svetlana Petrenko, porte-parole du Comité d’enquête. «Il s’agit d’une extorsion pour obtenir un pot-de-vin de représentants de Rosneft, accompagnée de menaces.»

La porte-parole du Comité d’enquête a précisé que la vente de la majorité de Bachneft à Rosneft n’était pas en cause. «L’acquisition des parts de Bachneft a été effectuée de manière légale et n’est pas visée par l’enquête», a-t-elle dit.

Un porte-parole de Rosneft a déclaré à l’agence de presse publique TASS que le groupe ne commenterait pas les activités du Comité d’enquête. Il a indiqué que Rosneft avait acheté les parts de Bachneft «en conformité avec la loi russe, sur la base de la meilleure offre commerciale faite à la banque» chargée de la transaction.

La réaction de Vladimir Poutine attendue

Une source policière a déclaré à l’agence RIA Novosti que l’arrestation de Alexeï Oulioukaïev avait été effectuée dans le cadre d’une «opération d’infiltration», après que des enquêteurs eurent obtenu «des preuves solides» en «procédant à des écoutes de ses conversations et des conversations de ses associés».

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré à l’agence de presse Interfax à propos de l’arrestation de Alexeï Oulioukaïev pour corruption: «C’est une accusation très grave qui nécessite des preuves très sérieuses. Dans tous les cas, seul un tribunal peut décider».

A la question de savoir si le président Vladimir Poutine était informé de l’arrestation du ministre de l’Economie, Dmitri Peskov a répondu: «C’est la nuit, je ne sais pas si le président a été informé».

L’arrestation a suscité l’étonnement de Sergueï Chvetsov, premier directeur adjoint de la banque centrale de Russie. Alexeï Oulioukaïev «était la dernière personne qu’on pourrait soupçonner de quelque chose comme cela», a déclaré Sergueï Chvetsov. «Ce qui est écrit dans les médias semble absurde. Rien n’est clair pour le moment.»

La plus grosse cession d’actifs réalisée par la Russie en 2016

L’Etat russe avait vendu le 12 octobre au groupe géant Rosneft, pour 5,2 milliards de dollars, le sixième producteur russe de pétrole, Bachneft, basé dans la région du Bachkortostan, dans le sud de la Russie.

Ministre de l’Economie depuis 2013, Alexeï Oulioukaïev avait alors annoncé dans un communiqué que la vente de 50,07% du capital de Bachneft à Rosneft avait été finalisée et que la totalité du produit de la vente serait versée au budget de la Russie. Il s’agissait de la plus grosse cession d’actifs réalisée cette année par le gouvernement russe.

La vente avait été difficile et controversée. La candidature de Rosneft avait d’abord été critiquée par le gouvernement, qui n’avait pas initialement envisagé une «privatisation» de Bachneft au profit de Rosneft, un groupe détenu en majorité par l’Etat russe. Le processus de vente avait finalement été relancé début septembre et rapidement conclu.

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