Le parquet n'a pas été entendu. Contrairement à ce qu'il avait demandé, la Cour d'assises spéciale de Paris n'a pas suivi son avis et décidé, lundi, que le procès des huit hommes accusés d'avoir participé à l'assassinat du préfet Erignac devait se poursuivre, en dépit de l'arrestation, vendredi en Corse, d'Yvan Colonna, l'assassin présumé du représentant de l'Etat, le 6 février 1998 à Ajaccio. Le procureur général Jean-Louis Nadal avait proposé dans la matinée de retarder le procès afin de pouvoir juger Yvan Colonna en même temps que les huit accusés qui comparaissent déjà devant la justice.

Un procès qui se poursuivrait sans les explications de l'indépendantiste corse, désormais sous les verrous, «risque fort de passer pour un procès tronqué», avait estimé Jean-Louis Nadal. «Le souci d'une bonne administration de la justice commande qu'Yvan Colonna et les huit accusés voient leurs responsabilités examinées au cours d'un unique procès», avait-il ajouté. Il n'a donc pas été suivi, et le procès des huit hommes, qui a commencé le 2 juin, va se poursuivre. Cinq d'entre eux sont accusés d'avoir participé à l'assassinat du préfet de Corse du Sud, un autre comparaît pour des participations à des réunions préparatoires, alors que les deux derniers sont accusés d'avoir conçu le crime. Le verdict est attendu pour jeudi ou vendredi. Quant à Yvan Colonna, qui aurait abattu Claude Erignac, son cas avait – du fait de sa cavale – été disjoint dans une information judiciaire distincte du procès des huit hommes. Il le restera.

Par ailleurs, deux personnes ont été interpellées lundi matin en Corse dans l'enquête sur les complicités dont semble avoir bénéficié Yvan Colonna dans sa fuite, a-t-on appris de source policière. Il s'agit d'un couple qui dirige un camping proche de la bergerie, où l'assassin présumé a été arrêté. Le propriétaire de la bergerie, interpellé samedi, a pour sa part été transféré à Paris.

Nicolas Sarkozy critiqué

L'avocat d'Yvan Colonna, Me Antoine Sollacaro, a confirmé lundi avoir rencontré le patron des Renseignements généraux français au début juin à Paris, alors que son client était encore en fuite. Mais il a affirmé qu'il n'avait pas été question de négocier une quelconque reddition de son client.

L'arrestation de l'indépendantiste, intervenant quelques heures avant le référendum sur le nouveau statut de la Corse, a provoqué une polémique en France. Certains éditorialistes ont accusé le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, d'avoir tenté un «coup médiatique». Le ministre s'en est vivement défendu, assurant que cette interpellation n'avait «rien à voir» avec le scrutin organisé sur l'île de Beauté. Il faut avoir des sentiments «bien bas» pour penser que les autorités l'ont retardée pour tenter d'influencer le résultat de la consultation, a-t-il déclaré ce week-end.

Au vu du résultat du référendum de dimanche – un non étriqué, par 50,98% des voix (2134 électeurs) au nouveau statut de l'île – force est de constater que si Nicolas Sarkozy espérait que l'arrestation d'Yvan Colonna apporterait de l'eau au moulin des «oui». Eh bien c'est raté, le «non» des Corses lui ayant infligé un sérieux camouflet. A lui et au gouvernement du premier ministre Jean-Pierre Raffarin.

Enfin, quelques heures après les résultats du scrutin, des attentats à l'explosif contre des résidences près d'Ajaccio appartenant à des non – Corses ont été perpétrés, relançant ainsi le processus de la violence, quasi incessante depuis trente ans. Des inscriptions à la gloire d'Yvan Colonna ont été découvertes sur les lieux des attentats, a indiqué la police.