Personne n'y croyait, et pourtant. Dans la Corne de l'Afrique, le Somaliland, un pays de 4 millions d'habitants, vient de fêter le 15e anniversaire de son indépendance. Cette ex-colonie britannique, qui vit en paix à deux pas du chaos qui règne dans le reste de la Somalie (ex-colonie italienne), est un pays unique au monde.

Depuis 1991 - date de son indépendance autoproclamée - le Somaliland est un pays stable dans une région minée par les conflits, de l'Erythrée à la Somalie. Mais surtout, il constitue un cas de figure à part, au regard du droit international. Coincé entre Djibouti et la pointe somalienne de la Corne de l'Afrique, le golfe d'Aden et l'Ethiopie, ce pays de 176000 km²(plus de quatre fois la superficie de la Suisse) n'en est pas un: malgré un territoire délimité par des frontières issues de la colonisation, une monnaie nationale et une administration propre, la communauté internationale l'ignore.

Boudé du reste du monde, le Somaliland est un pays virtuel, comme un mirage entre l'Ethiopie et la mer Mouge, un Etat qui n'existe officiellement que pour les Somalilandais. Car si personne ne remet en question la sécession somalilandaise (hormis le Gouvernement fédéral de transition somalien, TFG), personne ne veut pour autant reconnaître le pays sur le plan international.

Après la chute du régime de Siad Barre en 1991, quand le monde avait les yeux braqués sur l'Irak martyr du Koweït, le pays a été partagé en régions plus ou moins contrôlées par des factions militaires. L'ancienne colonie britannique a alors fait sécession, lassée des guerres de clans sans fin. A cette occasion, elle a repris son nom d'avant l'indépendance post-coloniale: le Somaliland. Avec une population formée à 80% par les Issaks, l'homogénéité ethnique a facilité les découpages territoriaux.

Le Somaliland, modèle de stabilité dans la région, est un proscrit. A l'occasion du sommet de Banjul, en Gambie au mois de juillet prochain, il va officiellement frapper à nouveau à la porte de l'Union africaine. Jusqu'ici, cette dernière a refusé de reconnaître sa souveraineté. Tout au plus, le Somaliland s'attire la sympathie de quelques pays d'Afrique et occidentaux.

Havre de stabilité

Pourtant, les autorités de Hargeisa, la capitale, ont accompli «des progrès notoires en matière de construction de la paix, de la sécurité et d'une démocratie constitutionnelle, dans ses frontières de facto», note l'International Crisis Group dans un récent rapport. Parmi les progrès mis en évidence par l'ONG bruxelloise: des centaines de milliers de réfugiés et de populations locales déplacées sont rentrées chez elles, des dizaines de milliers de mines ont été détruites et les milices claniques ont été intégrées aux forces de sécurité du pays. Enfin, le système politique multipartis et les élections démocratiques ont fait du Somaliland un cas unique dans la Corne de l'Afrique et le monde musulman.

La république sécessionniste est devenue un havre de stabilité à proximité du chaudron somalien, alimenté par les rivalités entre les seigneurs de guerre et les milices des tribunaux islamiques. Alors pourquoi faire de ce modèle de paix et de stabilité un paria de la communauté internationale? Nombre de pays africains n'y voient qu'un Etat sécessionniste de la «grande» Somalie. Ailleurs, on imagine difficilement une reconnaissance officielle, synonyme de bouleversement des frontières d'une région particulièrement instable.