Alors qu'une nouvelle vague de chaleur frappe l'Europe, tour d'horizon des stratégies pour échapper à la canicule à travers le monde.

En costume-cravate, suant à grosses gouttes par 35 degrés à l’ombre, des cadres se hâtent vers un des restaurants chics du quartier des affaires d’Abidjan durant leur pause déjeuner. Leur stratégie: rester le moins de temps possible dans l’air brûlant, en passant directement de leur domicile à leur bureau, dûment climatisés, voiture comprise. Pour le grand couturier d’Abidjan Pathé’O, le dress code en vigueur pour les cadres ivoiriens est une aberration. «Pourquoi s’imposer des costumes sombres qui ne correspondent ni à notre climat ni à notre teint?», questionne-t-il, lui qui propose des vêtements chics, de coupe moderne, mais en cotonnades légères et colorées.

Ailleurs en Afrique de l’Ouest, au Burkina Faso, ministres et hauts cadres de l’administration portent en revanche fièrement, comme le reste de la population, des tenues traditionnelles en Faso Dan Fani, un tissu fabriqué localement. Les Béninois, quant à eux, demeurent fidèles à leur tenue en tissu et au pagne en coton, bien plus agréables à porter que le costume «à l’occidentale», lorsque le thermomètre indique 30 degrés. Pour supporter la chaleur en Afrique de l’Ouest, il en va dans tous les domaines comme dans celui de la tenue vestimentaire: un œil sur la tradition, l’autre en direction de l’Occident et des attributs de sa «modernité».

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La clim plutôt que les marchés

La climatisation, et son coût prohibitif au regard de la moyenne des revenus, fait partie de ce luxe souvent hors d’atteinte. Mais il y a des astuces. Pour bénéficier d’un peu de fraîcheur, les gens, en famille, viennent ainsi régulièrement déambuler dans les centres commerciaux climatisés qui ont poussé comme des champignons à Abidjan. Et y font leurs courses, au détriment des marchés traditionnels où les vendeuses se protègent comme elles peuvent du soleil, sous un arbre, un parasol bricolé ou des toits de tôle qui augmentent encore la température ambiante.

Partir tôt au travail permet de bénéficier encore un peu de la fraîcheur de la nuit, mais aussi d’échapper aux embouteillages monstres qui paralysent régulièrement la capitale économique de la Côte d’Ivoire. Dans les villages également, à l’intérieur du pays, les travaux aux champs démarrent dès le lever du jour, tandis qu’aux heures les plus chaudes, on se réfugie sous les arbres, ou dans des maisons en terre crue, qui conservent une température acceptable. Mais celles-ci nécessitant de gros travaux de réfection à la saison des pluies, les toits de tôle remplacent souvent les couverts de paille. Si le village n’est pas encore électrifié, des «frigos» en terre cuite, inspirés d’un savoir-faire ancestral, permettent de garder au frais les denrées périssables.

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La migration, une stratégie face aux chaleurs

«Traditionnellement, les communautés africaines utilisent leurs connaissances locales et indigènes pour faire face à la variabilité du climat», relève le chercheur et enseignant à l’Université nationale d’agriculture du Bénin Edmon Totin, qui a cordonné le chapitre «Afrique» du rapport du GIEC publié en février dernier. Des savoirs importants, qui, selon lui, peuvent permettre à ces communautés de s’adapter au changement climatique, qui est déjà une réalité en Afrique, avec des vagues de chaleur extrême plus longues et des pluies diluviennes provoquant des inondations dévastatrices, comme ce fut récemment le cas en Côte d’Ivoire. Dès qu’il pleut, dans certains quartiers comme à la campagne, les gens ont pris l’habitude d’installer des réservoirs ou de grandes bassines pour collecter l’eau de pluie afin de faire face à leurs besoins quotidiens en eau.

Dans des pays arides comme le Burkina Faso et une grande partie du Sahel, des paysans et des éleveurs migrent dans des zones rurales plus propices ainsi que dans les villes, où ils amènent leur savoir-faire adapté à la sécheresse. «La migration est une stratégie importante d’adaptation au changement climatique en Afrique», relève encore l’enseignant-chercheur Edmond Totin. «Mais actuellement, elle se fait essentiellement à l’intérieur des pays, ou entre pays voisins, plutôt que vers des pays lointains. L’expert le souligne: alors que les pays occidentaux investissent surtout dans l’atténuation et la réduction des risques, l’Afrique est davantage orientée vers des stratégies d’adaptation et de survie.

Des habitations loin des traditions

Dans le quartier populaire de Treichville, où cohabitent des gens venus de toute l’Afrique de l’Ouest, le type d’habitat le plus répandu, la cour commune, reproduit l’organisation de l’espace villageois traditionnel, avec des habitations entourant une cour centrale où se déroulent la plupart des activités de la vie quotidienne. Un espace commun où les gens s’installent y compris pour dormir à la belle étoile, lorsque, même la nuit, la chaleur ne faiblit guère.

Reste que la plupart des habitations dites «modernes» ne s’inspirent guère de la tradition, ni non plus d’une architecture coloniale avec hauts plafonds et circulation naturelle de l’air. Les promotions immobilières qu’on retrouve dans la plupart des villes ivoiriennes proposent de petites maisons et appartements sur le modèle occidental, sans aération, qui se transforment en petits fours lorsqu’on n’a plus les moyens de les climatiser.