Genève

Quand la Côte d'Ivoire vend puis achète (beaucoup plus cher) la même villa

L’ancienne maison à Cologny du premier président de la Côte d'Ivoire est finalement revenue au pays africain. Mais l’Etat ivoirien a perdu des millions dans cette affaire trouble

L’ancien président de Côte d’Ivoire Félix Houphouët-Boigny adorait Genève. On le comprend. Il avait acheté une magnifique maison avec piscine en bordure du golf de Cologny, la commune la plus bling-bling du canton. A la mort du père de l’indépendance ivoirienne en 1993, la propriété a été récupérée par l’Etat ivoirien au grand dam des héritiers du «Vieux». Elle a ensuite été vendue, puis rachetée… beaucoup plus cher.

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Le destin de la villa épouse les soubresauts de la Côte d’Ivoire. En 2010, lors des derniers mois du règne du président Laurent Gbagbo, la maison de Félix Houphouët-Boigny est vendue pour 15,3 millions de francs. A Abidjan, la presse s’enflamme. Le président, qui sera chassé du pouvoir après l’élection contestée de 2011, est accusé de brader un bien qui «faisait la fierté de la Côte d’Ivoire» dans la «très prisée» ville de Genève. D’autres appartements et propriétés en France auraient été vendus durant la même période.

La destination des produits de ces ventes interpelle. Plutôt que de revenir au trésor, l’argent est versé sur un compte de la Société générale en France au nom de la présidence ivoirienne. Quand il arrive au pouvoir, Alassane Ouattara, le successeur de Laurent Gbagbo, va donc tenter d’annuler la vente de la villa de Cologny. La Côte d’Ivoire porte même plainte en Suisse contre X pour blanchiment et fait séquestrer la propriété.

«Dans les règles»

«La vente s’est faite dans les règles», proteste Wahbe Tamari, qui a acheté la propriété. Un achat effectué via La Capite 110 SA, une société immobilière créée spécialement pour l’occasion et qui a depuis changé de nom. Ce négociant de café, ancien directeur général de la société de négoce Sucafina et qui siège toujours dans son conseil d’administration, dit que l’entreprise n’était plus présente en Côte d’Ivoire comme exportateur depuis 2000. Sucafina a toutefois continué à acheter du café ivoirien.

La Côte d’Ivoire a fini en mai 2013 par retirer sa plainte et lever le séquestre. Ne parvenant pas à ses fins, l’Etat ivoirien a racheté quelques mois plus tard la propriété pour 21 millions de francs, soit cinq millions de plus qu’il l’avait vendue. Comment expliquer cette confortable plus value? «La villa était insalubre. Il a fallu investir 3,5 millions pour la rénover, sans compter les frais d’avocats de toute cette affaire», répond Wahbe Tamari, qui jure qu’on ne le reprendra plus à faire des investissements aussi politiquement sensibles.

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