Genève

Dans les coulisses des négociations de paix sur la Syrie

A Genève dans le cadre des discussions, les messages d’insultes fusent, en attendant l’opposition syrienne. Reportage, entre rumeurs et intimidations

Les choses sérieuses devaient enfin commencer. L’envoyé spécial de l’ONU, Staffan de Mistura, s’en était félicité la veille. Après bien des hésitations, les deux délégations étaient à pied d’œuvre. Le médiateur les avait rencontrées. Séparément, certes. Mais il flottait comme un air d’optimisme sur le Palais des Nations.

Mardi en fin de matinée, place donc aux représentants du gouvernement syrien avant ceux de l’opposition l’après-midi. Pas question que les ennemis se croisent dans un couloir du Palais. En tout cas pas pour l’instant. Au rez-de-chaussée, la presse internationale poireaute en attendant une déclaration. Les journalistes, surtout arabes, sont toujours présents en nombre. Combien de temps les chaînes de télévision paieront-elles leur séjour? Ils ne se font pas trop d’illusions.

Derrière la barrière, Jessy Chahine, la porte-parole de Staffan de Mistura, est rivée à son portable. Un journaliste l’interpelle en prenant les autres à témoin. «Vous avez vu ses yeux?» Elle porte des lentilles d’un bleu pétant. «Je suis tellement myope, alors autant s’amuser.»

Le bon élève et les cancres

Au même moment, il se murmure que le sulfureux Mohammed Alloush, le négociateur en chef de l’opposition, va faire une déclaration en dehors des murs de l’ONU. Il faut rapidement choisir son camp. Pendant qu’un petit groupe se précipite vers la place des Nations, le reste écoute Bashar al-Jaafari, le chef de la délégation de Damas, réciter sa leçon en arabe. Il finit par quelques mots en français pour s’étonner que les négociations n’ont pas vraiment commencé par la faute de l’opposition.

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Alors que le régime syrien joue au bon élève, les opposants ne sont toujours pas partis de leur hôtel dans le quartier populaire des Pâquis. Pat Barrie est bien forcée de l’admettre face aux journalistes qui s’impatientent dans le froid. Entre deux appels, la communicante britannique qui assistait déjà l’opposition lors des négociations de Genève 2 est inondée de SMS d’insultes venant de Syrie. «Dès que je bloque un numéro, ils en utilisent d’autres», soupire-t-elle.

«Nous ne pouvons pas faire comme si de rien n’était»

Le bus de l’opposition arrive enfin. A bord, point de chef salafiste barbu. Salem al-Meslet, le porte-parole, douche d’emblée tout enthousiasme dénonçant une offensive du régime «sans précédent» sur Alep avec le soutien de l’aviation russe. A l’écart de la cohue, Bassma Kodmani, politologue réfugiée en France, l’un des visages les plus rassurants de l’opposition syrienne, développe: «Malgré toutes les critiques, nous avons décidé de venir à Genève mais nous ne pouvons pas faire comme si de rien n’était. L’arrêt des bombardements et la levée de tous les sièges ne sont pas négociables. Nous avons des assurances de Ban Ki-moon et de John Kerry sur ce point. En 2014, au terme de deux semaines de négociations, seuls quelques camions avaient pu ravitailler la vieille ville de Homs. Il n’est pas question de tomber dans le même piège.»

Une minute avant l’heure du rendez-vous de Staffan de Mistura avec l’opposition, l’ONU confirme ce que tout le monde pressentait. Plus de réunion aujourd’hui. Les opposants se sont réfugiés à l'Hôtel Président Wilson. Les diplomates des pays amis se succèdent. Un représentant des Turkmènes, qui se battent contre Bachar el-Assad dans le nord de la Syrie, tue le temps alors que la soirée est déjà bien avancée. Il hésite à dire qu’il fait partie de la délégation élargie de l’opposition par peur de représailles. Sur son portable, il vient de recevoir des photos de Syrie. On y voit des enfants turkmènes quémandant de l’aide. Comme chacun dans ce luxueux lobby, il est informé en temps réel des derniers événements. Et lui non plus n’est pas très optimiste sur les chances de ces négociations de Genève.

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