Réchauffement climatique

Coup de chaud pour les conditions de travail en Europe

Selon un rapport de l’OIT, la hausse de la température mondiale menacerait des millions d’emplois dans le monde d’ici à 2030. Même si le continent européen serait relativement épargné, le risque de dégradation des conditions de travail est réel

Il avait seulement 17 ans. Il moissonnait un domaine andalou sous 40 degrés quand, pris de vertiges, il a fini par s’effondrer. On se souviendra de ce jeune Espagnol comme l’une des premières victimes européennes de la canicule de 2019. Pareilles situations sont appelées à se répéter à l’avenir, selon un nouveau rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui étudie l’impact du réchauffement climatique sur l’emploi.

«L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur aura de sérieuses conséquences sur la santé et la productivité», alerte ainsi l’OIT. Aux rangs des premiers concernés, des secteurs déjà fragilisés par la crise économique: les travailleurs agricoles, les ouvriers du bâtiment et, plus largement, tous ceux qui doivent travailler en extérieur ou dans des lieux peu climatisés ou aérés.

Le réchauffement climatique augmente en effet le stress thermique. «Celui-ci intervient généralement lorsque le thermomètre dépasse les 35 degrés, détaille le rapport, soit une chaleur supérieure à ce que le corps humain peut supporter sans dommages physiologiques.» Une forte humidité aggrave d’autant plus ce stress, qui provoque maux de tête, diminution des capacités de travail et, dans les cas les plus graves, des pertes de connaissance pouvant aller jusqu’à la mort. La barre des 35 degrés a été franchie en Suisse fin juin dans plusieurs cantons, le mercure pointant même à 36 à Berne.

Tous inégaux devant le climat

Les pays d’Europe du Sud, péninsules Ibérique et Balkanique en tête, en seraient les premières victimes. Selon une étude, en 2015, les accidents de travail dus à la chaleur avaient déjà coûté 42 jours de travail pour 1000 employés en Espagne. En tout, ce serait l’équivalent de 23 500 emplois à temps plein qui disparaîtraient en Europe d’ici à 2030. Un nombre à relativiser, comparé au total mondial évalué par le rapport: 80 millions d’emplois s’évaporeraient de la surface du globe, dont 43 millions rien qu’en Asie du Sud. Cette inégalité colossale devant la crise climatique s’explique notamment par la forte dépendance des économies du Sud vis-à-vis de l’agriculture et de la construction, quand l’emploi européen est majoritairement tourné vers les services.

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Même si l’Europe est relativement privilégiée, la multiplication des périodes caniculaires invite à une petite révolution dans le monde du travail, selon l’OIT. Repenser les heures de travail pour éviter les fortes expositions au soleil, aménager des zones de repos à l’ombre sur les chantiers, prévoir l’approvisionnement en eau des employés… autant de revendications qui seront prépondérantes dans les futures négociations au sein des entreprises.

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